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CŒURS
d’Alain Resnais
Par Nicolas VILLODRE

SYNOPSIS : Un agent immobilier essaie de trouver un trois-pièces à une jeune femme sur le point de rompre avec son amant. Sa collaboratrice, une catho pratiquante, lui prête la vhs de l’émission d’un Pascal Sevré bigot, « Ces chansons qui ont changé ma vie », qui est étrangement suivie d’un film érotique. Sa soeur cadette répond à des petites annonces pour trouver le prince charmant. Un militaire de carrière exclu de l’armée passe ses journées à picoler au sous-sol d’un grand hôtel où il se confie au barman méphistophélique.



Noblesse, universalisme ou atavisme bretonnant exigent, Alain Resnais a décidé de remonter cette pièce récente (datant de 2004, préemptée illico par sa prod, Bruno Pésery probablement) du dramaturge anglais le plus joué dans le monde après Shakespeare, Alan Ayckbourn (l’auteur de la « success story » Smoking/No smoking), intitulée Private Fears in Public Places (Peurs privées en places publiques), adaptée au cinéma par Jean-Michel Ribes. Et ce, en alternant non seulement les plans, les lieux ou les personnages du récit mais les modes cinématographiques susceptibles de le matérialiser. En réalisant un opus trans-genres, qui va de la dramatique télé (ambiance et casting années 70 compris), à la séquence façon (zinzin d’) Hollywood avec vues en plongée sur les apparts, décloisonnant les pièces au moyen de panos quasi-surnaturels (le spectateur traverse les murs comme le personnage de Sylvie et le fantômes), passant en revue les décors en stuc, ceux du studio parisien où le film a été tourné (plans qui rappellent aussi les souricières des expériences de labo de Mon oncle d’Amérique), sans oublier la mise en scène théâtrale matérialiste, brechtienne, épurée (d’ma mère, comme on disait à Bab-el-Oued), à la Karl-Heinz Martin (De l’aube à minuit) ou dogmatique, à la Lars von Trier (Dogville avec la rayonnante femme-enfant, la bien nommée Kidman).

C’est d’ailleurs par un travelling-avant (résultant d’un effet numérique en 3D façon Shortbus plutôt que d’une prise de vue de caméra embarquée à bord d’un drone) survolant une BNF enneigée (clin d’œil à Toute la mémoire du monde), construction abracadabrantesque conçue par un pur génie de l’architecture, dont rien que le plancher du parvis en bois exotique (en principe interdit à l’import), rendu glissant, huit mois sur douze, par temps de pluie, de verglas ou de neige, a déjà occasionné des milliers de bleus aux fesses, des centaines de chevilles foulées et je ne parle pas des dizaines de jambes cassées, que débute le film.