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BLIND HUSBANDS
d’Erich von Stroheim
Par Nicolas VILLODRE

SYNOPSIS : Un médecin américain et sa jeune épouse se rendent en vacances dans le Tyrol italien. Un officier autrichien, en tenue de parade ou de combat, sabre au clair, très apprécié de ces dames, tente sa chance auprès de la belle qui lui résiste ou, du moins, paraît hésiter un moment...


Dans sa thèse Le Royaume de leurs rêves, la saga des Juifs qui ont fondé Hollywood (Paris, Calmann-Lévy, 2005), Neal Gabler rappelle que le créateur de la firme cinématographique Universal, Carl Laemmle, dit Oncle Carl, joueur invétéré et personnage truculent comme on n’en fait plus (il portait en permanence un seau en fer-blanc avec un couvercle « parce qu’il avait une prostate en très mauvais état et [qu’]il avait tout le temps besoin de pisser », p. 64), avant de se lancer dans ce qui allait devenir, grâce à lui et quelques autres (Zukor, Fox, Mayer, Warner, Cohn, etc.) l’industrie qu’on sait, considérait le cinématographe comme un « divertissement pour enfants » ou comme « un moment de frisson réservé aux voyeurs » (p. 69). Il ne croyait pas si bien dire puisque l’un de ses réalisateurs maison, Erich Von Stroheim, « Juif autrichien qui se prétendait aristocrate », ambitieux et un peu mytho sur les bords (modèle en matière de psycho-rigidité d’un Karl Lagerfeld qui ira jusqu’à lui piquer ses cols de chemises) à qui il avait donné carte blanche avant de « battre en retraite » par peur du Code Hays ou du qu’en-dira-t-on (p. 246) fit une (brève) carrière de cinéaste en s’ingéniant, se bornant, s’entêtant à traiter de ce thème ainsi que de toutes sortes de perversions, de « vices » ou de purs et simples fantasmes. Cette démarche créatrice de dévoilement des idées les plus enfouies, de cristallisation des pensées volatiles, d’exploration du fond (et du fonds) de l’être humain fut condamnée par les ligues de vertueux, de prudes et de puritains de son temps - de tous les temps.

Après avoir fait de la figuration dans Naissance d’une nation puis être devenu l’assistant de David Wark Griffith sur Intolérance, Stroheim se spécialisa dans des rôles d’officiers prussiens et autrichiens qu’il fut obligé de jouer toute sa vie, pour survivre, après les échecs cuisants de ses réalisations mégalos ou allumées (dans une séquence d’hallu de Maris aveugles, par exemple, il se fit la tête un peu débilos et inquiétante d’homme qui rit aux oreilles décollées, annonçant un peu celle d’Alfred E. Neuman, c.à.d. du fétiche du magazine de bande dessinée de William Gaines et Harvey Kurtzman, Mad). La nouvelle Le Pinacle, métaphore judéo-chrétienne de l’amour impossible, du but inatteignable (le mot désigne la partie la plus « élevée » du temple de Jérusalem), du sommet duquel on (vous et moi, elle, Ségo au Panthéon élyséen, par ex.) ne peut que descendre, chuter, déchoir (décevoir, aussi, c’est couru et prévu), écrite par Stroheim, fut la base du scénario d’un film qu’il produisit et réalisa pour le compte d’Universal.