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MARC RECHA
Portait du réalisateur
Par Cécile GIRAUD
Merci à Marc Recha
et Viviana Andriani



Marc Recha est catalan. Ce n’est pas anodin. C’est peut-être même ce qui le caractérise le mieux. Car être catalan à la manière de Marc Recha, c’est à la fois être cosmopolite (il parle français, espagnole, catalan, a étudié le cinéma à Paris auprès de Marcel Hanoun...) tout en étant profondément attaché à sa terre. Après plusieurs court-métrage et deux long-métrages situés en catalogne, il va plus loin avec Jours d’Août, pour sans doute dans l’avenir s’en détacher. Jours d’Août suit le voyage de deux frères jumeaux, Marc (Marc Recha) et David (David Recha), sur les traces de Ramon Barnils, journaliste disparu en 2001. Un voyage où il s’agit de s’imprégner de la terre et des événements qui sont survenus dans un paysage incroyable, tour à tour canyon, forêt vierge, plaine aride.

Etre jumeaux, c’est être indiciblement attaché l’un à l’autre sans pour autant se ressembler. Marc Recha est cinéaste. Il écrit, il tourne, et c’est la première fois qu’il joue dans l’un de ses films. David Recha est ou a été pêcheur, jardinier, maçon, agriculteur, bûcheron. Mais Marc peut être pêcheur à ses heures, tout comme David peut être acteur dans les films de son frère. Dans Pau, il hantait le film de sa présence fugitive, fantôme d’un frère disparu.

David et Marc sont dans un jeu de miroir déformant. On comprend quelque chose de Marc à travers David et vice et versa. Les personnages de fiction racontent quelque chose des hommes. On comprend les liens qui les unissent, leurs dissemblances et leurs différences, au-delà des mots. La complicité extrême des deux frères se couple dans Jours d’Août avec une grande pudeur du filmage. Alors que dans Pau et son frère la caméra allait et venait entre trop gros plan et plan trop large, Jours d’Août semble avoir trouvé son juste cadre. Celui qui laisse un « espace pour respirer ». Un espace pour le silence aussi. Les frères ne sont pas bavards. C’est une voix féminine qui conte le voyage, celle d’une sœur qu’on ne verra jamais, et qui sait pourtant ce qui se trame entre eux. Peut-être est-ce l’intuition, privilège des liens fraternels ? Il y a en tous cas un espace pour le secret qu’on a pas besoin de dévoiler. Marc disparaît, et David le retrouve par hasard dans un café du village voisin. Sans mot dire, ils s’installent face à face pour boire un verre. Ce qui s’est passé dans l’entre-deux ne sera jamais dit.

Il y a dans Jours d’Août comme dans les frères une part de mystère. Car quand on demande à Marc Recha comment se passe leur collaboration, pourquoi la Catalogne, et plus encore la terre, la nature, sont indissociables de ses films, il n’y a presque pas d’explication valable, à part le naturel dans lequel les choses se font. Les acteurs intègrent le paysage, la complicité les entraîne à engager leur corps dans le film, dans la nature. Le paysage de Jours d’Août est une « mémoire collective » tout en dénonçant « l’absence » de tous ceux qui y sont passés et qui y sont morts.