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40 ANS
TOUJOURS PUCEAU

de Judd Apatow
Par Jacky GOLDBERG

SYNOPSIS : Le lundi matin, lorsque ses collègues décrivent avec force détails leurs exploits libidineux du week-end, Andy Stitzer, 40 ans, se sent bien penaud, car il est encore puceau. Partagés entre hilarité, incrédulité et consternation, ses amis David, Jay et Cal décident de prendre en main sa tardive initiation : de gré ou de force, Andy va devoir franchi le Rubicon...



POINT DE VUE

Oublier le titre, forcément. Dans les récentes comédies américaines (Serial noceurs, Braqueurs amateurs...), c’est souvent derrière les pires titres (la traduction n’arrange rien) que se cachent les plus belles pépites, bijoux de précision, de drôlerie et de tendresse (et la tendresse ? bordel !), qu’aucun réalisateur français n’est parvenu à égaler depuis des lustres (exception faite de Michel Hazanavicius et son OSS 117), mêmes dans ses rêves les plus humides. Les rêves humides, c’est justement le sujet de 40 ans toujours puceau, ceux d’un brave type, Andy Stitzer (joué par Steve Carell) travaillant dans un magasin de hi-fi comme gestionnaire de stock - il n’a même pas le privilège d’être vendeur - et qui, comme l’indique benoîtement le titre, à 40 ans, est toujours puceau.

Sorte d’American Pie transposé à l’âge adulte, 40 ans toujours puceau en reprend la plupart des codes : un loser, archétype du gentil nerd attardé collectionnant des figurines de super-héros, doit perdre impérativement sa virginité, aidé en cela par sa bande de potes (en l’occurrence ses collègues de travail). Surfant sur la vague « célibataire en manque d’amour » - de Hitch à J’me sens pas belle, on ne compte plus les avatars de ce genre de comédie des deux côtés de l’Atlantique -, Judd Apatow, dont le nom est au générique de nombreuses réussites récentes en tant que producteur ou scénariste (Disjoncté, Ricky Bobby : roi du circuit, La légende de Ron Burgundy, Braqueurs amateurs) parvient à s’affranchir des deux scories qui plombent habituellement le genre : régression infantile d’un côté, sentimentalisme lourdaud de l’autre. A l’instar des Frères Farelly, dont l’influence se fait sentir à chaque plan, la force d’Apatow est de ne pas choisir entre ces deux états : il les combine pour mieux les dépasser. Aux gags en dessous de la ceinture (les érections matinales du héros...), presque toujours hilarants, succèdent des scènes romantiques, d’une rare tendresse, où se dessinent, sans pathos ni démagogie, la misère sexuelle de notre époque en même temps que sa possible résolution.