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BOBBY ET PETER
FARRELLY

Réalisateurs de
Fous d’Irène,
Terrain d’entente, ...
Par Jacky GOLDBERG


LA COMEDIE GRACE DES FRERES FARRELLY

« I’m gonna tell you a story, I’m gonna tell you about my town » clame la chanson du générique de Terrain d’entente alors que défilent à l’écran les premières images de Boston. Placé en exergue, ce couplet ne se contente pas d’introduire le dernier film en date des frères Farrelly, il résume aussi l’ambition de chacun de leurs films : raconter une histoire, parler d’une ville (comprendre : de ses habitants). Cela peut sembler trivial ou évident ; c’est pourtant, pris au pied de la lettre, la plus belle ambition qui soit. La trivialité n’a jamais été un motif de honte, surtout pas pour les Farrelly, quant à l’évidence, celle du gag, celle de la mise en scène, elle est leur marque de fabrique ainsi que celle des plus grands.

En huit films, depuis 1994, Bobby et Peter Farrelly n’ont filmé qu’au présent et ont traversé le territoire américain d’est en ouest, du nord au sud. Ils affichent une filmographie soutenue (presque un film par an), sont parfaitement intégrés au système industriel hollywoodien (il sont restés fidèles à la Fox depuis Mary à tout prix) et témoignent d’un très fort penchant, voire d’une exclusivité, pour la comédie, même si l’on note une évolution dans leur carrière. Auteurs de deux comédies étiquetées comme trash au milieu des années 90, toutes deux axées sur le road movie et dépeignant des personnages particulièrement idiots et/ou ratés (le culte Dumb and dumber et l’hélas méconnu Kingpin), les frères Farrelly ont ensuite signé deux des plus gros succès de la nouvelle comédie américaine, Mary à tout prix et Fous d’Irène où, sans rien lâcher de leur penchant scatophile, ils affirmaient leur goût pour le burlesque (certains passages de Fous d’Irène avec Jim Carrey en sont un sommet). Les quatre films suivants, parfois des échecs commerciaux, se caractérisent tous par un éloignement du territoire d’origine, la comédie trash et burlesque, pour s’aventurer dans le buddie movie pédogogique (Osmosis Jones), la fable comico-romantique (L’amour extra-large), la comédie douce-amère (Deux en un, leur chef d’œuvre) ou la pure comédie romantique (le très sous-estimé et peu vu Terrain d’entente).

Il serait toutefois erroné de croire que ces films tirent un trait sur l’héritage des débuts. Ils en reprennent en fait les éléments structurels, les obsessions (nous y reviendrons), mais les développent autrement. C’est le style qui a changé, pas l’âme. Le rire n’est plus leur seule boussole : une mélancolie, une gravité, un apaisement se sont glissés, au risque de l’incompréhension d’une partie du public - combien de fois n’a-t-on lu ou entendu, à propos de leurs derniers films, que les Farrelly étaient désormais finis, qu’ils avaient perdu leur mordant, donc leur intérêt. Plutôt qu’une parenthèse, l’accalmie actuelle semble au contraire être un aboutissement, ce vers quoi tendent leurs films depuis le début, lorsque la tendresse, embarrassée, se dissimulait sous un masque de bouffon.