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HOLLYWOODLAND
d’Allen Coulter
Par Nicolas VILLODRE

SYNOPSIS : Un détective minable, ayant pour bureau une chambre de motel, travaillant à son compte et vivotant de médiocres affaires de maris trompés, se met à enquêter sur la mort brutale d’un comédien du petit écran rendu célèbre par son interprétation de Superman (cf. http://www.objectif-cinema.com/article.php3 ?id_article=4216) ...



POINT DE VUE

Qu’est-ce qui fait qu’un film est, au lieu de pas mal, plus que pas mal ? A quel niveau se situe ce changement de statut, ce saut qualitatif, cette opération alchimique ? Et où est-ce que ça peut bien clocher lorsque l’on ressort de la salle avec un goût d’insatisfaction, d’amertume, d’inachevé, avec l’impression d’avoir perdu son temps, voire la face, auprès de soi-même (le miroir), de sa fiancée de séance, ou de tout autre témoin de cette relative débâcle ? Pourquoi n’ose-t-on alors affronter crânement le regard des autres, qui quittent aussi la salle en catimini, rasant les murs de couloirs en béton camouflés derrière l’écran, sous la loupiote verte indiquant la sortie de secours, obligatoire depuis le drame du Bazar de la charité (autre définition du cinématographe), acide et agressive, toujours gênante durant la projection, pas très fiers non plus, dans l’ensemble, craignant d’être à tout moment surpris par une connaissance comme, dans le temps, à la sortie d’un film semi-porno au Brady ? Qu’est-ce qui ne va pas dans ces cas-là ? Où est-ce que cela peut bien clocher dans le cas présent ?


LA STRUCTURE

On sait, depuis un bon moment déjà, depuis la sortie du deuxième conflit mondial au moins, qu’un des critères de la modernité d’une œuvre, voire de toute forme artistique, repose sur la démarche analytique de son auteur. Pour ce qui est du film, la novation dépend, nous semble-t-il, de la non-redondance de sa structure, autrement dit, pour ce qui est simplement des rapports entre l’image et le son, de leur a-(ou anti) synchronie. Des théoriciens de la dissociation comme Georges Lapassade rappellent que ce concept fut forgé au 19e siècle dans le milieu de la psychopathologie : Moreau de Tours employait le terme de dissociation dès 1845 dans son livre Du haschisch et de l’aliénation mentale et Pierre Janet, qui inspira certaines de ses idées à Freud, utilisait l’expression désagrégation mentale (traduite aux Etats-Unis par dissociation) dès 1889. Le contrepoint sonore, cher à René Clair et aux monteurs soviétiques des années trente, se changea en synchronisation aléatoire en 1946 lorsque Cocteau innova dans le domaine du ballet avec Le Jeune homme et la mort puis aboutit aux formules radicales, discrépantes, des Lettristes et des pré-situationnistes (en 1951-52) ou bien au détachement Zen d’un John Cage composant des musiques pour les chorégraphies de Cunningham sans aucun autre point commun que leur durée.