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MON ABECEDAIRE CHAPLIN
C comme Cadre
Par Nadia MEFLAH


Qu’est qu’un cadre chez Chaplin ? Un équilibre spatio-temporel à maintenir présent coûte que coûte ? Un espace mental où se décline toutes les puissances du je/jeu de notre héros ? Voire une possibilité de son propre anéantissement ? Il y a toujours, peu ou prou, quelque chose de dégueulasse dans cette histoire du cadre chez Chaplin, un truc qui pourrait se résumer en un combat phénoménologique entre lui et lui (Chaplin/Charlot) où ce qui est en jeu n’est qu’une sale histoire d’égo...

Lorsqu’il réalise Charlot rentre tard (One A.M, sorti le 7 août 1916, une production Essanay) Chaplin réduit jusqu’à la torture son avatar Charlot pour en faire un torturé du cadre. Chaplin a souvent raconté que la plupart de ses films naissaient de ses cauchemars. Ce qu’il fait subir à Charlot ressort d’un sadisme tout autant hallucinant. Entre le moment où il sort d’une voiture et celui où il va enfin rejoindre son lit, à savoir deux espaces clôturés et potentiellement mouroirs (on crève assez souvent en bagnole et plus encore dans son lit...), Charlot n’aura cesse de vivre un véritable calvaire du surplace, coincé entre deux possibles sorties, toujours immédiatement forcloses. « Tu n’échapperas point au cadre ! » semble lui hurler en pleine figure (nombreux gros plans sur son visage ahuri ) l’auteur de cette narration, elle-même réduite à son degrés zéro de la conscience. Un peu à l’image de cet homme hébété qui rentre chez lui pour dormir. Tautologie du cadre qui épouse étroitement la psyché de cet élégant monsieur abruti par un haut degrés d’alcool et qui, à tâtons, va devoir vaincre un océan d’incommensurables dangers. Mais c’est parce qu’il y a rétrécissement du monde et de l’espace (entrée, living escalier chambre) que l’incongru advient. Ce n’est pas encore L’homme qui rétrécit mais presque...Lorsqu’il tente de se lever alors qu’il a enfin réussit à vaincre ce verre de vin récalcitrant, il se retrouve nez à nez avec une gueule de fauve et le monde semble soudain réduit à cette dimension fauvesque...

Coincé par ce sadique regard objectif de la caméra impassible, Charlot, dans le silence de la nuit et la solitude du comédien lâché par ses pairs, devra affronter seul et comme un grand l’abyssal abîme de l’existence humaine. Entre deux hoquets.






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