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RAJKUMAR BHAN
Propos recueillis
le 25 janvier 2006 à Paris
par Frederic CAMUS

Découvert au Festival d’Amiens 2005 où il avait été récompensé par le public, Le Petit Peintre du Rajasthan, du réalisateur indien Rajkumar Bhan (qui s’appelait alors Pourquoi le Dieu a ri) sort en salles le 10 janvier 2007.
Film d’enfance, film d’apprentissage, film de famille, film de mémoire, ce premier long-métrage évite comme peu les facilités et les complaisances vers lesquelles ses thèmes pourrait l’entraîner. Le Petit Peintre du Rajasthan est au contraire un film franc, à la fois rigoureux et généreux, dont l’étiquette enfantine ne réduit en rien la capacité à parler à tous les publics. Rencontre avec son réalisateur.



Objectif Cinéma : Comment es-tu arrivé au cinéma ?

Rajkumar Bhan : J’ai commencé par jouer. Mais en réalité, cela vient de ma grand-mère. Elle était conteuse et, à l’époque, il n’y avait pas télé, même pas la radio. En été, de 9 heures du soir jusqu’à minuit, elle racontait des histoires, et il pouvait y avoir 200 personnes qui venaient, aussi loin que ça voix pouvait porter. Moi, j’étais petit, et je restais à côté d’elle. Son histoire était un feuilleton, dont elle inventait chaque épisode tous les soirs. Elle décrivait les choses, les lumières, les sons, les personnages, les intrigues... En l’écoutant, tout de suite, j’ai voulu moi aussi raconter des histoires, et être cinéaste.

Après l’université, je suis retourné au village, et je suis allé dans les écoles primaires dire aux responsables que j’avais le projet de monter une pièce avec les élèves. Je ne lui demandais rien, à part de me laisser le temps nécessaire avec les enfants. Comme on travaillait la journée dans le village, ils me donnaient à manger, et me laissaient dormir dans l’école.

La pièce a bien marché, puis tourné, et a rapporté pas mal d’argent. On formait tout un groupe, et grâce à ce pécule, on a produit le court métrage d’un ami. J’ai continué mes études, et j’ai passé deux concours, celui de l’école de cinéma, et celui de fonctionnaire. Pour bien les préparer, je me suis enfermé un an dans ma chambre, et j’ai été sélectionné pour les deux. Tous mes amis m’ont félicité pour avoir réussi le concours de fonctionnaire, mais je leur ai dit : merci, mais je vais faire l’école de cinéma.

Il faut savoir que nous sommes quatre amis très proches. Quand il se passe quelque chose d’important, on se réunit pour discuter et régler les problèmes. Lorsque je leur ai annoncé ma décision, ils ont décidé qu’il fallait qu’on se réunisse. Dans la pièce, il y avait un canapé, et une chaise. Ils étaient sur le canapé, moi sur la chaise, en face d’eux. Après avoir bu quelques bières, le premier se lève, vient vers moi, et me dit « qu’est-ce que tu veux faire ? ». Je lui réponds : « L’école de cinéma ». Il m’a giflé. Les trois m’ont giflé. Ils me disaient que c’était une démarche suicidaire. Mon père non plus n’acceptait pas ma décision.