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ROUTE ONE USA
de Robert Kramer
Par Cécile GIRAUD

A PROPOS DU DVD : Le coffret Route One USA édité par Montparnasse a remporté le prix du meilleur coffret DVD des Cahiers du Cinéma. Il renferme deux DVD consacrés au film, coupé en son milieu, et un CD de la musique composée par, entre autres, Michel Petrucciani.



La musique n’est pourtant pas l’élément que l’on remarque en voyant Route One USA. On ne l’entend presque pas. Sur le disque, elle commence aussi doucement, on doit tendre l’oreille, et simplement écouter, s’y consacrer. Les images nous reviennent alors en mémoire, comme si le son s’y était infiltré clandestinement. Les variations au saxophone devant les légers battements de cymbale évoquent l’écoulement du fleuve, et le voyage qu’entreprirent Robert Kramer et Paul McIsaac sur la Route numéro 1.

Où commence et où finit une route ? Etrange comme celle-ci est bien délimitée, finissant dans la mer. On ne se rend pas bien compte d’ailleurs du chemin parcouru. Kramer et McIsaac s’arrêtent, mais on ne les voit jamais voyager, ou presque. Mc Isaac, alias Doc, aimerait pourtant trouver un endroit où se poser, comme un but qu’il ne connait pas encore. En réalité, sa vie c’est la route. Kramer fait mine de suivre son personnage, comme s’il avait besoin d’un point d’ancrage pour faire évoluer son film, comme s’il avait besoin d’un faire-valoir pour rencontrer les gens. Doc est comme son prolongement. Le réalisateur n’interroge pas, laissant son comparse le faire à sa place, reste quasiment invisible, comme s’il n’était là que pour suivre alors qu’il est le réel instigateur de l’aventure. Doc est comme un personnage de fiction. On le voit raconter son passé, tenter de retrouver un présent, peut-être en redevenant médecin dans un dispensaire. Finalement, il sera là jusqu’à la fin, ses questionnements existentiels se confrontant au réel, celui des habitants des villes et des villages le long de la route One.

Cette Amérique là est schizophrène, ne parvenant pas à échapper à son passé, préférant se réfugier dans la religion, finalement loin de la spiritualité. Etonnant comme à chaque étape on retrouve le même besoin de croire, ce même besoin de mystère, d’invisible, des messes catholiques à celles des sorcières. Paradoxalement, on inscrit les noms des soldats morts à la guerre dans la pierre. On y voit des signes, comme ces deux jeunes hommes portant le même nom, tombés le même jour sur le champ de bataille, celui du Viêtnam. On croise également la fameuse statue des soldats plantant le drapeau au sommet du Mont Suribachi, exploit récemment démystifié par Clint Eastwood dans Flags of our fathers, ou un monument en mémoire des noirs s’étant battu pour leur indépendance lors de la guerre du même nom. A chaque fois, quelqu’un est là pour rappeler les événements, expliquer aux jeunes générations ce que le peuple d’avant à fait pour l’Amérique d’aujourd’hui. A ces exploits résonnent pourtant de tristes envers, aux héros du Vietnam répond la honte, à l’indépendance des noirs le Ku Klux Klan, à la seconde guerre la bombe atomique... Doc est là pour faire le contre-point, lui qui a refusé d’aller au Viêtnam, qui savait que c’était une guerre sans but. Il visite pourtant un camp militaire, où les gradés sont toujours fiers de montrer les entraînements et le clip de recrutement dans lequel un jeune soldat écrit à son père pour lui dire qu’il a enfin compris ce qu’était la discipline, et qu’il le remercie. Le déserteur est devenu médecin dans les pays en guerre d’Afrique. C’est après dix ans d’exil volontaire qu’il tente de revenir dans son pays natal, un pays qu’il ne reconnaît plus, autant qu’un pays qui ne le reconnaît plus. On lui demande d’ailleurs « comment as-tu fait pour tenir dix ans dans ces conditions ». La femme en face de lui est épuisée au bout d’un an de soutien aux défavorisés de sa ville.