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L’ILLUSIONNISTE
de Neil Burger
Par Sophie HAUBOIS

SYNOPSIS : Vienne, années 1900. Les tours de magie de l’illusionniste Eisenheim remportent un franc succès auprès du public autrichien, bluffé. Le théâtre fait le plein chaque soir. Un jour, le prince héritier Léopold assiste à une représentation avec sa future femme, la duchesse Sophie von Teschen. Celle-ci monte sur scène pour un numéro très spécial d’Eisenheim. Ils se reconnaissent immédiatement après 15 ans de séparation et retombent très vite amoureux. Peu de temps après, on retrouve le corps sans vie de la duchesse, transpercé d’un coup d’épée dans le cou. Le prince Léopold charge l’inspecteur Uhl d’enquêter. Il veut tout savoir de la vie d’Eisenheim, des trucages qu’il utilise et souhaite qu’il soit démasqué.



Dès le générique la couleur est annoncée : sépia. Cette couleur si particulière aux vieilles photos, due à une chimie instable et qui leur donne un charme inimitable, est ici utilisée consciemment pour inviter à s’imprégner de l’époque des faits. Mais d’emblée, dès le générique, elle fait figure de parodie : enchaînement en fondu d’images fixes « sépia » croquant la ville de Vienne derrière un voile de fumée insaisissable. Ces images troubles sont-elles réelles ou ne sont-elles qu’illusion ? La question est posée, passons à la suite. Voyons comment le film commence réellement : en plongée fixe sur le magicien (Edward Norton), assis seul sur une chaise au milieu de la scène, immobile et concentré, visiblement en plein effort d’illusion. Soudain, la tension est palpable. Une salle entière (ou plutôt deux) retient son souffle, dupée, bluffée, émerveillée par les prouesses inexplicables dont est capable cet homme. Les viennois sont fascinés par ce qu’ils voient, par ces « choses » que fait apparaître Eisenheim et peu leur importe d’en avoir une explication rationnelle, ils croient en leur existence tangible. Ils veulent y croire. Mais ça commence mal pour l’illusionniste qui est bientôt mis en état d’arrestation par les gardes impériaux sur ordre de l’inspecteur Uhl (interprété par Paul Giamatti).

C’est par l’intermédiaire du rapport que fait l’inspecteur au prince héritier Léopold que se déroule l’histoire d’Eisenheim l’illusionniste, de son enfance de fils d’ébéniste à son succès de magicien, de sa séparation brutale avec la duchesse von Teschen (Jessica Biel) alors qu’ils n’étaient encore qu’adolescents (la séparation cinématographique la plus molle, fausse et vide d’émotion qu’on ait jamais vue) à leurs retrouvailles sur la scène du théâtre. C’est son regard à lui, Uhl, et sa voix qui conduisent le récit en flash-back, point de vue subjectif loin d’être suivi au pied de la lettre et dont la caméra s’écarte comme bon lui semble pour nous fournir un autre point de vue. Dommage. Car si une cohérence avait été tenue, peut-être aurions-nous cru et adhéré à l’illusion finale ? Si la photographie de Dick Pope n’avait pas été aussi nette et le montage aussi pastiche avec effets de ralentis et de fondus contrefaits, peut-être serions-nous tombés dans le piège et aurions-nous aimé nous fourvoyer dans ce conte. Mais tout pousse au petit sourire narquois. Il semble bien en effet que le réalisateur, Neil Burger, se prenne lui-même pour un illusionniste et joue de son art, le cinéma, pour tromper la vue du spectateur, pour lui donner à croire des vérités alors qu’elles ne sont que mise en scène de mise en scène.