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BOBBY
d’Emilio Estevez
Par Frédéric FOUBERT

SYNOPSIS : Dans la nuit du 4 au 5 juin 1968, l’Amérique va connaître un des épisodes les plus tragiques de son histoire : l’assassinat du Sénateur Robert F. Kennedy. A l’Hôtel Ambassador de Los Angeles, on se prépare à accueillir Kennedy dans l’attente de sa probable victoire à la cinquième des six élections primaires. En ces quelques heures vont se jouer les destins d’une vingtaine de personnages hétéroclites.



POINT DE VUE

Dans un essai passionnant, 26 secondes, l’Amérique éclaboussée, le critique Jean-Baptiste Thoret a démontré comment l’assassinat de John Fitzgerald Kennedy et, surtout, son enregistrement par la caméra amateur d’Abraham Zapruder, avait transformé en profondeur le cinéma américain, aussi bien esthétiquement (l’obsession de l’éclatement et de l’éclaboussure, le gore réaliste) que thématiquement (le cinéma de la conspiration et du réseau, l’assassinat politique, l’interprétation des images). De Bonnie and Clyde à Blow Out, en passant par Conversation Secrète et Zombie, une majeure partie du cinéma américain moderne s’est nourri de cet événement traumatique. De par son sujet (l’assassinat du petit frère, Robert Kennedy, le 5 juin 1968, dans les cuisines de l’hôtel Ambassador de Los Angeles), Bobby se rattache immanquablement à cette généalogie, même s’il ne fait pas honneur à son prestigieux pedigree. Il y a pourtant au cœur de la séquence finale de Bobby une image saisissante. Au moment où Bob Kennedy est mortellement atteint, le réalisateur Emilio Estevez, plutôt que de nous montrer l’impact de la balle sur la victime, choisit de filmer son contrechamp : un cameraman éclaboussé par une giclée de sang. Le plan dit merveilleusement le choc historique, médiatique et culturel de l’assassinat, un de plus dans cette Amérique des sixties qui enterra JFK, Malcolm X, Marthin Luther King et les révoltés de Kent State. Il est aussi l’ébauche d’une réflexion sur l’image manquante, parce que situé dans un montage complexe d’images d’archive et de reconstitution fictionnelle. Dans ses derniers instants, Bobby frôle donc son vrai sujet. Mais c’est malheureusement tout ce qu’on saura de la mort de Bobby Kennedy, rien ne nous sera dit des tenants et aboutissants de l’affaire. Dommage donc qu’il faille passer par une heure et demi d’un film pépère, qui tient plus du récit choral à la Altman et de l’éloge funèbre sauce démocrate. Durant les 24 heures qui précèdent l’événement, 22 personnages se croisent dans les couloirs de l’hôtel Ambassador, attendant l’arrivée du sénateur candidat à la présidence.