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LIBERO
Analyse des rapports humains
Par Pierre GAFFIE

“Père manquant, fils manqué” : S’il n’était déja attribué au -très bon- livre du psychiatre québecois Guy Corneau, ce titre provocateur conviendrait à merveille au film âpre et finalement très dérangeant de l’acteur en vogue du cinéma italien : Kim Rossi Stuart.



Passons sur l’éternelle ambigüité accompagnant les films de comédiens -et les méandres qui font que ces derniers ont plus de facilité à faire aboutir leur projet qu’un lauréat d’école de cinéma- et arrivons au fond de l’enjeu : à l’image d’Eric Caravaca pour Un frère, Rossi Stuart n’a choisi, pour son premier film, ni la facilité ni la sympathie.

“Le football est un sport de demeurés”. Ca commence fort et la répartie tombe avec une douce synchronicité quelques mois après le mondial couleur rital. Mais pour un père divorcé, esseulé, voir son fils de 10 ans rejoindre la cohorte des joueurs de ballond rond est insupportable, un manque flagrant de caractère. Un mauvais goût. Tu seras un homme mon fils si tu deviens nageur. L’enfant cède aux exigences paternelles et part s’inscrire à la piscine. Il ne sera donc pas Libéro (jeu de mots sur la liberté enfantine, sujet du film, et le poste de défenseur “libre” au foot) et cette blessure rejoint un tableau déja difficile.

Coincé entre un père plus autocrate qu’autoritaire, et une grande soeur extravertie mais de façon très artificielle (on pense aux lolitas de Moi, toi et tous les autres de Miranda July) Tommy ne parvient pas à trouver sa place.

Comme la plupart des enfants blessés, étouffés, il semble vivre comme en diagonale des autres, et aimante d’autres douleurs. A l’image de cette séquence où son institutrice accueille en cours d’année un nouvel élève, sourd. Attraction de ses camarades, il viendra s’asseoir près de Tommy, et semble nouer avec lui un lien sincère.

Mais le drame de l’enfant vient de l’absence de mère, et passée la première demi-heure du film, on pense que celle-ci, qui a quitté le foyer, ne sera pas vue à l’écran. Elle revient pourtant, fardée, usée, et s’assied sur les marches, dans le noir, entre deux étages. “Elle voudra que tu pardonnes et tu pardonneras” fredonnait Cabrel dans C’est écrit, et le cinéma suit alors la chanson. Les explications entre le mari bafoué et l’épouse repentante sont vinaigres : ça hurle, ça ne se comprend pas, ça fait les comptes...

Mais finalement, l’homme pardonne et la dame (Stefania) reprend sa place. Elle accepte d’abdiquer ses envies de luxe (cause intiale de son départ) et promet de s’amender. Pendant quelques semaines, le couple, et la famille, repartent... Co-scénariste de La chambre du fils de Moretti, Linda Ferri semble ici aussi particulièrement à l’aise dans la peinture du quotidien familial et embarque le film sur une sorte de plateau, avant que celui-çi ne rebascule alors vers le gouffre.