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MON FUHRER
La véritable et la plus vraie vérité sur Adolf Hitler
Par Andréa GRUNERT

SYNOPSIS : Décembre 1944 : Adolf Hitler a perdu la foi en lui-même et en la victoire. Le ministre de la propagande Josef Goebbels fait revenir Adolf Grünbaum, l’ancien acteur et professeur d’art dramatique de Hitler, du camp de Sachsenhausen pour soigner le dictateur. Le juif Grünbaum ne sait pas que sa présence à Berlin fait partie d’un plan perfide au bout duquel Hitler sera tué par une bombe et lui, représentant de la communauté juive, accusé d’avoir commis l’attentat. Si Grünbaum est lui-même possédé d’un désir meurtrier et cherche à tuer Hitler à plusieurs occasions, il finit par y renoncer. En démasquant la vraie nature faible et névrotique du despote pendant des leçons d’art dramatiques qui débouchent sur des séances thérapeutiques, Hitler cependant lui inspire surtout de la pitié. À la fin du film, il commet un acte de courage qui lui coûtera la vie en trouvant un moyen d’ébranler pour quelques instants l’image du tyran tout-puissant...



Le titre Mon Führer - la véritable et plus vraie vérité sur Adolf Hitler l’annonce : cette vision de l’histoire allemande n’est pas tout à fait à prendre au sérieux. La vérité et l’illusion, la reconstruction de l’histoire et le jeu avec les apparences sont au coeur de cette approche comique de Hitler. Si le nom « Grünbaum » indique les origines juives du professeur, celui-ci porte très ironiquement le prénom Adolf. Cette parenté devient source d’humour quand la femme de Grünbaum fait appel à son mari qui, la saluant d’une des fenêtres de la chancellerie, est immédiatement acclamé par la foule rassemblée dans la rue. Si le coiffeur juif dans Le Dictateur (USA, 1940) de Chaplin, les juifs dans Train de vie de Radu Michaileanu (France/Belgique, 1998) ou Salomon Perel dans Europa, Europa d’Agnieszka Holland (Allemagne/France/Pologne, 1990) prennent l’identité nazie pour survivre à leurs bourreaux, Grünbaum endosse cette identité d’abord malgré lui. Levy montre que tout le monde peut devenir objet de vénération et que le racisme, échappant à la raison, n’est qu’un aveuglement. « L’habit fait l’homme » : ici, le prénom suffit. Ainsi, c’est Grünbaum qui, caché sous la tribune, prête sa voix à Hitler souffrant d’une extinction de voix. Dès le début, Grünbaum pose la question sur l’existence de son personnage : est-ce qu’il est une pure fiction ou bien un personnage oublié des livres d’histoires ? ; le générique de fin nous offre une tournure inattendue. Le film montre plusieurs enfants et adultes qui répondent à la question qui était Hitler. On ne s’étonne plus que la plupart d’entre eux ne connaissent même pas le nom. Quand on leur pose la question sur l’identité de Grünbaum, la réaction est similaire, mais la dernière personne questionnée, une petite fille de cinq ou six ans, dit fièrement qu’Adolf Grünbaum était son arrière-arrière-grand-père. Encore une fois, la réalité et la fiction se croisent et s’entrelacent afin d’engendrer la réflexion sur la réalité et sa représentation ainsi que sur la mémoire qui loin d’être statique est subjective et fluctuante. Les deux Adolf se complètent jusqu’au moment où Grünbaum change le discours préparé par Goebbels et dévoile les problèmes psychiques de Hitler à la foule. Le « führer » est dénoncé par la voix du juif ; le voyage au fond de son âme que Grünbaum a fait avec lui devient public. Le metteur en scène présente Hitler comme une loque humaine, la victime d’une enfance marquée par l’abus et la violence. L’adulte est un personnage faible, énurétique et impuissant dont le professeur révèle le traumatisme comme étant la raison de sa haine contre les juifs. De même, Hitler apparaît comme une marionnette entre les mains de ses ministres ; ce sont Goebbels et Himmler qui tirent les ficelles dans ce jeu du pouvoir. Hitler vit enfermé à la chancellerie ignorant la destruction autour de lui que Goebbels cherche à lui cacher à tout prix. Le ministre fait construire des façades d’immeubles en toc afin de camoufler les ruines des maisons bombardées créant ainsi des « villages potemkines ». Goebbels ne cesse de répéter que la création de l’illusion est son métier et que dans le jeu avec les apparences il est le maître. Hitler est un manipulateur manipulé devenu son prisonnier. Il réussit, malgré tout, à s’échapper une nuit de sa chambre pour se promener dans la capitale devastée. Par la suite, il continue à cacher son savoir et à vivre sa propre illusion de la victoire. Le film évoque le pouvoir de l’illusion sur les individus et la foule mais ne fait que suggérer ses mécanismes. Si Goebbels et Himmler ignorent la promenade nocturne du chef d’état, Hitler et Grünbaum ne savent pas que leurs leçons sont observées et écoutées par Goebbels et ses complices réunis dans la chambre voisine. Le ministre est pourtant le seul à prendre goût à la mise à nu de l’âme du « führer » qui choque les autres. Ayant perçu la vraie nature du dictateur, il n’a pas besoin de corriger l’image qu’il a de lui. Grünbaum finit par s’apitoyer sur Hitler et renonce à le tuer. Le rapport ambigu, voire dérisoire entre le dictateur et celui qui est la victime de sa politique meurtrière trouve son apogée dans la séquence où Hitler en chemise de nuit est couché entre le couple Grünbaum tel un enfant perdu.