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LES INFILTRÉS
de Martin Scorsese
Par Nicolas JOURNET

SYNOPSIS : À Boston, une lutte sans merci oppose la police à la pègre irlandaise. Pour mettre fin au règne du parrain Frank Costello, la police infiltre son gang avec "un bleu" issu des bas quartiers, Billy Costigan. Tandis que Billy s’efforce de gagner la confiance du malfrat vieillissant, Colin Sullivan entre dans la police au sein de l’Unité des Enquêtes Spéciales pour informer Costello des opérations qui se trament contre lui. Traquenards et contre-offensives s’enchaînent jusqu’au jour où chaque camp réalise qu’il héberge une taupe. Une course contre la montre s’engage entre les deux hommes avec un seul objectif : découvrir l’identité de l’autre sous peine d’y laisser sa peau...



OU QUAND LE RACISME AFFLEURE

On ne regarde pas toujours un film selon le même angle d’attaque. Parfois, et c’est le meilleur, le réalisateur vous prend par la main. Vous ne pensez plus à rien. Vous êtes happés par les personnages. Vous êtes collés à eux émotionnellement. Délicieux. À d’autres occasions, et c’est souvent moins bon, vous restez totalement extérieurs au film. Vous pensez aux courses que vous allez faire le lendemain. Vous divaguez. Ce fut le cas ce jour de janvier aux saveurs de printemps vu la température ambiante lorsque je me suis glissé dans les fauteuils moelleux du MK2 Bibliothèque pour aller voir le dernier Scorsese. J’avoue que je n’étais pas très chaud pour aller voir ce remake d’Infernal Affairs, trilogie plutôt très bien fichue venue de Hong-Kong. Je n’aime pas trop les remakes en général. Et plus encore si j’ai particulièrement aimé les originaux. Forcément. Il y a la crainte que l’on vous brise la magie d’un moment cinéphilique agréable. Et puis, la bande-annonce ne m’avait pas spécialement attiré, n’appréciant pas la lumière crue des scènes présentées. Question de goût. Bref, poussé par une presse élogieuse, et pris comme tout le monde par l’effet de masse qui fait d’un Scorsese un événement à ne pas rater, je me suis donc retrouvé devant le dernier opus du grand Martin.

Très vite, le film n’a pas réussi à me retenir. Sans doute parce que je me rappelais encore trop bien d’Infernal Affairs. Et que globalement, Les Infiltrés en suivaient la trame. Il y avait bien quelques modifications, comme le personnage de la psychologue beaucoup mieux développé, mais il s’agissait plus de petits ajustements qu’une véritable recréation. Du coup, je me suis volontairement mis en retrait de ces images filmées avec un grand talent il faut bien le reconnaître pour m’intéresser au fond du propos. Lorsque j’avais vu Infernal Affairs, j’avais été saisi par les derniers plans du film. Le personnage du mafioso infiltré dans la police interprété par Andy Lau (Matt Damon dans la version Scorsese) fixait la tombe de son jumeau ennemi interprété par Tony Leung (Di Caprio dans la version Scorsese) alors qu’au loin le drapeau chinois flottait sur la baie de Hong Kong annonçant la fin de la possession britannique. La petite histoire (un thriller sur la mafia) rejoignait la grande (la rétrocession d’une petite parcelle démocratique à une dictature communiste) et les deux s’enrichissaient l’une l’autre pour décupler la puissance dramatique du film. Voyant Damon, Di Caprio, Walhberg, et Nicholson en faire des caisses (le jeu outrancier des acteurs américains me lasse de plus en plus), je me suis donc lancé à la recherche du double sens des Infiltrés. Car si Scorsese s’était appuyé sur Infernal Affairs, c’est bien parce qu’il y voyait l’occasion de raconter quelque chose de fort sur les Etats-Unis.