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PINGPONG
de Matthias Luthardt
Par Emilie PADELLEC

SYNOPSIS : Un matin d’été, les pas d’un invité inattendu crissent sur les graviers d’une allée pavillonnaire. Sans crier gare, Paul, 16 ans, adolescent d’une beauté sombre le faisant paraître plus âgé, s’immisce dans le quotidien bourgeois et faussement idyllique de Stephan, son oncle, d’Anna, la femme de ce dernier, et de leur fils, Robert. Presque malgré lui, l’intrus sèmera dès lors le trouble. Période d’adaptation : insidieusement, les retrouvailles tournent au vinaigre. Première manche : pour un court instant, l’insouciance de tous semble refaire surface sur fond de répétitions de piano et de parties de ping-pong. Manche suivante : cris et violence sourdent et autour d’eux, l’air n’en finit pas de se vicier. Tactiques : les rôles se floutent, entre jeu solitaire, en double ou doubles jeux, les visages se dénudent dans (presque) toute leur vérité. Enfin, l’eau de la piscine familiale enfin rénovée par Paul croupira, quant à elle, en quelques heures. Le point gagnant d’une dernière nuit libératrice...



L’INTRUS

A peine apparaît-il, que la famille de Paul lui fait clairement comprendre qu’il n’est pas le bienvenu parmi eux. En quelques secondes, le voilà jugé comme un vrai parasite. Comment est-il venu ? Comment a-t-il eu la (mauvaise) idée de venir passer ses vacances avec eux ? Sa mère est-elle au courant ? Et surtout, combien de temps compte-t-il rester ?

Les questions tombent comme des couperets de leur part à tous. Les regards échangés sont lourds de reproches. Dans les esprits, « les anciens conflits [familiaux] de nature purement matérielle » rôdent. Aucun ne songe même à dissimuler son irritation. Surtout pas Anna, la tante (jouée par Marion Mitterhammer), dont le regard dédaigneux suffit à glacer l’atmosphère. Pourtant, le jour du récent enterrement du père de Paul, ne l’avaient-ils pas invité à venir se réfugier chez eux quand il le désirait ? Tout le problème est là. Paul semble avoir pris pour argent comptant des paroles de réconfort sans doute prononcées du bout des lèvres lors des obsèques de Franck. Mal lui en a pris. L’adolescent, qui « n’est pas compliqué », comme l’aime à le marteler Stephan pour convaincre sa femme de bien vouloir l’accueillir chez eux, perce ainsi rapidement l’hypocrisie de ces trois parents plutôt hostiles.

Le vernis, en apparence lisse de cette famille bourgeoise, exhibe très vite ses failles. En écho, sitôt soulevée, la bâche recouvrant la piscine du jardin - en réalité, un bassin grisâtre de 15m2 - laisse apparaître les nombreuses fissures criblant son ciment décrépi. Pourtant, comme animé du désir de se faire apprivoiser par cette famille idéale, Paul ne renonce pas. Ne tourne pas les talons. Pas tout de suite. Accepte, la première nuit, de dormir en chien de fusil à même le sol. Forcés de capituler, et force est de constater la bonne volonté de Paul, Stephan, Anna et Robert, acceptent qu’il reste. Peut-être pour ne pas offenser le souvenir du père de Paul, ce fantôme susceptible de ressurgir à tout instant au hasard des conversations... N’est-ce pas son ombre qu’abrite le cerisier du jardin planté par ses soins dans le passé ? Rappelant la ‘visitation’ troublante de l’inconnu (1) du film Théorème de Pasolini, la visite de Paul, augure progressivement le versant tragique de Pingpong, chronique familiale sombre et juste sans être dénuée d’une certaine ironie amère.