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LES CLIMATS
de Nuri Bilge Ceylan
Par Nicolas JOURNET

SYNOPSIS : L’homme est fait pour être heureux pour de simples raisons et malheureux pour des raisons encore plus simples - tout comme il est né pour de simples raisons et qu’il meurt pour des raisons plus simples encore... Isa et Bahar sont deux êtres seuls, entraînés par les climats changeants de leur vie intérieure, à la poursuite d’un bonheur qui ne leur appartient plus.



OU QUAND L’ENNUI PREND UNE DIMENSION POSITIVE

C’est ma Palme d’Or à moi. Certes, je n’avais pas vu tous les films en compétition sur le moment. Mais quand même une bonne partie. Et après avoir rattrapé depuis la plupart des films manquants, mon jugement reste identique. Uzak était déjà particulièrement réussi. Les Climats est encore un cran au-dessus. On y retrouve ces personnages agaçants, râpeux, attachants, humains, juste humains... On y retrouve un personnage de photographe. Même si Nuri Bilge Ceylan sa place de chef opérateur à Gokhan Tiryaki, on y retrouve l’image si particulière qui faisait l’ambiance d’Uzak. Elle est plus maîtrisée, moins crade, mais tout aussi époustouflante quand il s’agit de filmer un paysage enneigé. On y retrouve ce superbe ennui qui vous prend très vite aux tripes, mais qui au lieu de vous faire détester le film vous plonge dans un état étrange, en parallèle du film, en parallèle de la réalité concrète qui fait que vous êtes assis dans une salle de cinéma. On est là sans être là. On chope une image. Et puis, on repart dans ses songes. On en chope une autre. Et l’on s’évade dans une autre pensée. Tout cela sans rater un pan de l’histoire puisque globalement il n’y en a pas. Ce n’est qu’un chassé-croisé amoureux entre deux êtres en plein doute, sur eux-mêmes, sur leur relation, sur l’amour, sur le sens de l’existence.

Les films de Nuri Bilge Ceylan ont ce grand mérite d’être des moments de vie. Bien après les avoir vus, vous vous en rappelez encore. De cette scène où Isa retrouve son ex-girl friend, se jette sur elle violemment, et où ils font l’amour sur le plancher, comme deux animaux s’affrontant pour un conflit de territoire. De cette scène comique parce que tragique où dans le camion-régie d’une chaîne de télévision Isa tente de dire à Bahar combien il l’aime et a besoin d’elle. De cette scène où au bord de la mer Isa et Bahar jouent au couple malheureux pour ne pas s’avouer qu’ils sont devenus indispensables l’un à l’autre. Dans Voyage à deux, de manière moins fine, Stanley Donen avait déjà montré que lorsque deux personnes s’aiment vraiment elles se disent le contraire, se le hurlent parfois, s’éloignent, tout en restant tout près. Comme disait Brel, c’est la tendre guerre.