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CHRONIQUE
NEW YORKAISE #1

Préambule
Par Muriel DREYFUS

Je suis arrivée à New York en août dernier pour un congé sabbatique. Un an ailleurs, loin du Forum des Images, où je suis programmatrice depuis une quinzaine d’année. Avec mari, enfant, et chat. Une année durant laquelle j’ai proposé à Objectif cinéma d’écrire des articles pour rendre compte de la vie cinématographique new yorkaise. Mais je ne suis ni journaliste, ni critique, donc ces articles seront plutôt le portrait d’une ville, mêlant pratique cinéphilique et vie quotidienne, découverte d’une ville étrangère et mise au point de repères, rencontres et lectures. Une fois par mois, je vous donnerai des nouvelles de mon New York à moi, une ville cosmopolite bien sûr, démesurée, fascinante, en bien des points semblable à la ville de cinéma que nous connaissons. Et cependant bien différente quand on cesse d’y être touriste pour y vivre réellement.



La cinéphilie, comme le reste, se construit à partir de lieux, d’habitudes et de pratiques qu’il faut construire dans une nouvelle ville. Selon les jours, l’exercice est excitant, presque libérateur, mais parfois décourageant, surtout quand on vient de la ville la plus cinéphile au monde. Quels films sont disponibles ? Où les voir ? Tout cela signifie apprendre la ville, ses quartiers, comment se rendre d’un point à l’autre ? Bref, retour sur le quotidien le plus basique : plans, métro, tracé et noms des rues. L’anglais partout, être et se sentir étrangère. Suis-je capable de voir le dernier Scorsese en anglais sans sous-titres ?

Il faut avant tout apprivoiser son quartier ; celui où je vis apparaît rarement dans les films. Ce n’est ni Greenwich Village, ni le Bronx. Il n’y a pas de gratte-ciel. Au nord de l’île de Manhattan, à deux pas de l’Hudson River et du pont George Washington, il est mentionné dans le guide du Routard uniquement pour les Cloisters, un musée médiéval situé dans le bucolique Fort Tryon Park, offerts à la ville par Rockefeller dans les années trente. Hudson Heights est comme un village avec des vues magnifiques sur le fleuve, quelques petits commerces, un joli square où se retrouvent parents et enfants à la sortie de l’école. De l’autre côté de Broadway, le quartier est totalement différent, très populaire et à dominante hispanique. Un genre de Barbès latino-américain avec ses bazars, ses vendeurs à la sauvette, les alarmes de voiture qui se déclenchent à tout bout de champ, les sirènes stridentes des ambulances et camions de pompiers qui dévalent à toute allure la 181e rue, au coin de laquelle se situe notre immeuble.. La bande son est incessante ; New York est une ville vibrante, bruyante, sauvage. Comme un film qui ne s’arrêtera jamais.

Il faut aussi apprivoiser les choses essentielles du quotidien : se loger, se meubler, faire ses courses, le lavomatic, l’école pour mon fils, le métro.. Surmonter le mal du pays qui parfois vous prend pour des choses de rien et qui deviennent soudain indispensables : la baguette de pain, un camembert non pasteurisé, une terrasse de café, le métro parisien et sa régularité de métronome.