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INLAND EMPIRE
de David Lynch
Par Sophie HAUBOIS

SYNOPSIS : Une étrange voisine, aux yeux exorbités et à l’accent polonais, rend visite à Nikki Grace, une belle actrice blonde qui vient d’emménager dans un quartier résidentiel huppé. Au détour de leur étrange conversation, elle lui annonce que la jeune femme va être retenue pour le rôle de Susan Blue. Effectivement, le lendemain (mais est-ce vraiment le lendemain ?), Nikki apprend qu’elle jouera aux côtés de Devon Berk dans un film qui se tourne à Hollywood. Cependant le premier jour des répétitions sur le plateau, le réalisateur les met en garde : le script n’est en fait pas un scénario original mais le remake d’un film qui ne fut jamais achevé, les deux acteurs principaux ayant été assassinés. Devon croit apercevoir quelqu’un dans le décor, il court à sa poursuite mais ne trouve personne derrière les panneaux et les planches...



La course de Devon après un fantôme dans le décor du studio est le signe précurseur de celle que Nikki (à moins que ce ne soit Sue ?) n’aura de cesse de mener 2h30 durant. Après un épilogue glaçant, sombre, indéfini, déjà follement intriguant, le film pose les bases d’une histoire simple et d’une réalité compréhensible de tous : à Hollywood, un réalisateur (Jeremy Irons) va tourner un film avec deux vedettes (interprétées par Laura Dern et Justin Theroux) ; or le vieil assistant de celui-ci (Harry Dean Stanton) a appris que la production leur avait confié le script d’un remake dont le scénario original était tiré d’un conte tzigane polonais et dont le tournage initial n’avait jamais été achevé. Mise en abyme du film dans le film certes, mais jusqu’ici tout va bien. Tout semble clair et normal. Tout juste met-on en garde (par deux fois quand même) Devon, de ne pas toucher à Nikki, qui est mariée. Le tournage se passe bien et le réalisateur est content de ses deux poulains. La présence de la « fausse » caméra dans le champ continue de fournir un repère aidant à différencier les images du film et celles du film dans le film. Alors ? Quand ce monde trop paisible va-t-il basculer en enfer ? Quand Nikki Grace/Susan Blue va-t-elle entraîner le spectateur à sa suite dans le grand labyrinthe de ses angoisses, telle une Alice au Pays des Merveilles prenant en chasse le lapin blanc ? Avec ses cheveux blonds, ses yeux bleus et son air constamment inquiet et étonné, Laura Dern a tout de l’héroïne de Lewis Caroll, à moins que ce ne soit celle sortie de l’imagerie disneysienne, plus proche dans nos imaginaires. Et puis ce n’est pas un lapin mais trois après lesquels elle court sans le savoir deux heures de film durant. Des lapins qui n’ont rien de « mignon », d’adorable ou de marrant mais tout de l’effrayante bestiole faisant office d’ami imaginaire à Donnie Darko (dans le film éponyme de Richard Kelly). Impossible donc de se souvenir du moment précis où Nikki ouvre la porte et passe dans l’envers du décor. Car il s’agit bien de cela, du décor, vulgaire assemblage de planches, où derrière la vraie fausse porte, il n’y a rien d’autre que du vide, et qui pourtant acquiert soudain une matérialité.