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FREDERIC TACHOU
Un cinéaste engagé
Entretien réalisé
le 27 décembre 2006
par Cécile GIRAUD

J’ai rencontré Frederic Tachou au dernier Festival des Cinémas Différents de Paris, en décembre.
Une "trajectoire" lui était consacrée, une séance avec plusieurs de ses films expérimentaux. Une trajectoire, on dirait un hommage, pourtant Frederic Tachou est un jeune cinéaste expérimental. Mais si son premier film du genre date de 1998, son expérience du cinéma est plus importante, car en 1993 il réalisait son premier court-métrage "traditionnel". Si ses films n’auraient pas trouvé leur place dans la programmation de films engagés du festival, force est de constater que leur auteur respire la revendication. Chacune de ses paroles est celle d’un homme qui cherche, qui questionne, malgré, parfois, l’absence de réponse. Entre son tout premier film et aujourd’hui, un glissement s’est opéré chez ce cinéaste en recherche permanente qui finalement se demande qu’est-ce que le cinéma ?



Objectif Cinéma : Frederic Tachou, vous réalisez des films expérimentaux, mais vous venez du court métrage traditionnel, pouvez-vous nous parler de cette expérience ?

Frederic Tachou : Mon parcours est un parcours de plasticien. Après le bac, j’ai suivi un cursus universitaire en arts plastiques à Bordeaux, qui était assez généraliste à l’époque et dans lequel on avait une partie pratique animée par des professeurs des Beaux Arts. Moi, j’étais en photographie, et c’est là que j’ai commencé à découvrir la technique, l’optique, le développement... Parallèlement, on avait des cours d’histoire de l’art, d’esthétique, avec des intitulés bizarroïdes, dans le but de nous donner une culture de l’image. C’était à la fin des années 80, et à cette époque on ne parlait pas encore beaucoup de cinéma à l’université, en tous cas pas à Bordeaux. C’est venu plus tard, au milieu des années 90, et j’étais déjà parti. La culture de l’image que l’on acquérait dans ce cursus était assez multidimensionnelle, elle ne portait pas uniquement sur les arts traditionnels, on y parlait même de théâtre, de littérature... C’était un système assez ouvert qui sensibilisait à pas mal de choses. Ensuite à nous de nous spécialiser, de nous trouver une vocation. Ce côté ouvert et dynamique me plaisaient beaucoup. J’avais deux tendances à l’époque : j’étais plus intéressé par la critique, le côté théorique, et puis aussi par le cinéma. J’avais le goût du cinéma, j’allais au cinéma. J’ai eu deux chocs émotionnels. Le premier c’était en 1979. A l’époque, il me fallait prendre le bus pour aller au cinéma « en ville ». J’avais 15 ans, je partais tout seul pour le cinéma, et j’ai vu Le tambour et Apocalypse Now. Je me suis alors rendu compte que le cinéma pouvait traiter des sujets d’une manière qui sortait de l’ordinaire. Des réalisateurs pouvaient, grâce à ce matériau, développer des choses très personnelles, avec des contenus très forts, surtout qui proposaient de prolonger le film par une réflexion, qui invitaient à réfléchir. C’est à ce moment là que je m’en suis aperçu d’une façon flagrante.