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AVANT LE JOUR
de Judith Abitbol
Par Cécile GIRAUD

SYNOPSIS : Louise est photographe. On apprend, à mesure de ses rencontres avec des inconnues et des amis, qu’elle a été quittée sans un mot deux ans auparavant par Jacob. Qu’elle est dans un moment d’indécision, d’enquête. Qu’elle a un projet d’exposition sur des dormeurs ou des cadavres...
"Est-ce que dormir et mourir c’est la même chose ?" Chacun y répond comme il peut. Les rencontres de Louise révèlent à chaque fois un peu plus son intimité, sa vérité.



Avant le jour est un film essentiel. Essentiel car il vient du sang et de la sueur de Judith Abitbol, sa réalisatrice, et de ses comédiennes, Nathalie Richard, Halinka Mondselewski, Laurence Madani. Tourné en DV, pas à pas sur plusieurs années, le film dégage un parfum étrange, celui d’un entre-deux, quand on ne sait pas tout à fait si on rêve ou si on est éveillé.

Judith Abitbol suit Nathalie Richard, alias Louise Berger, photographe. Si on ne la voit quasiment pas au travail, c’est bien de l’image dont il est question, et de son impossibilité. La photographie, élément du quotidien, de la famille, de la publicité, de l’identité, se révèle être celui de l’incertain, quelque chose qui dérange pour celui qui est capté, problématique pour celui qui saisit.

Louise est assise dans son canapé, devant une fenêtre, baignée de lumière. L’appareil photographique à la main, elle met l’œil devant le viseur, cadre, mais n’appuis pas sur la détente. Elle semble comme un lion en cage, tout à la fois face à l’impossibilité de photographier et à celle de ne pas le faire. On ne verra plus l’appareil jusqu’à la dernière scène, où Louise, sur un quai de la Seine semble libérée, affranchie du questionnement infini de l’intime.

La photo rejoint la mort, le passé, le souvenir. Le simulé et le vrai se confondent, et Louise ne parvient pas à mener son projet à bien : photographier ses proches endormis. La photo, geste ordinaire, est alors source de questionnement. Qu’est-ce que photographier le sommeil ? L’abandon réel et le feint sont-ils si différents à l’image ? Photographier le sommeil, est-ce intercepter la mort ? Le projet de Louise est le réceptacle de toutes les angoisses et les interrogations de ceux qui l’entourent autant que d’elle-même. Il est beaucoup question d’un ami, mort quelque temps auparavant, à l’hôpital. On se rassemble, on l’évoque, on parle sans détour de sa maigreur indicible qui a fait grossir l’une d’elles, de la puanteur qu’il dégageait et qui révulsait l’autre, de l’impossibilité pour Louise de franchir la porte d’un hôpital, et qui n’a jamais été voir son ami avant qu’il ne meure, et qui, aujourd’hui, veut photographier des gens endormis.