Annuaire boutique
Librairie Lis-Voir
PriceMinister
Amazon
Fnac

 
     




 

 

 

 

TOP HAT
de Mark Sandrich

Le scénario est assez classique et s’inspire fortement de celui d’une autre réalisation de Sandrich, La Joyeuse divorcée (1934). Peu à peu, les coups secs des souliers ferrés de Fred se changent en douces sonorités berçant la nuit agitée de Ginger. La résonance se transforme en glissandi modulés sur le sable des songes. Le bruit devient musique. La danse de Saint-Guy qui habite le corps hyper-nerveux de Fred se calme soudain et devient alors pure routine de shuffle, danse sur le sable.



Top Hat (1935)

Mark Sandrich, qui fut médecin avant de devenir cinéaste, réalisa cinq musicals avec le couple Ginger et Fred. Dès le début de Band Wagon, Minnelli rendra un coup de chapeau, c’est le cas de le dire, à ce brillant Top Hat. L’argument est simple : un artiste de variétés (Fred) montre ses nouveaux pas à son producteur dans sa chambre d’hôtel, ce qui réveille la voisine (Ginger) à l’étage au-dessous. Ginger monte pour se plaindre du vacarme...

Le numéro No Strings, I’m Fancy Free présente d’abord en plan-séquence une chanson et une danse de Fred. La caméra le suit en un travelling continu, traverse le plancher, fait intrusion un étage plus bas et se rapproche d’une Ginger lovée dans son lit à baldaquin, au moment où elle est secouée par les pas intempestifs du « danseur du dessus » (ainsi que fut traduit le titre du film en français). La fin de la routine est découpée de façon plus classique, avec des champs et des contrechamps. Comme le souligne Ginger, Fred semble atteint de la danse de Saint-Guy. Par une belle trouvaille de mise en scène, Sandrich transforme les taps ou plutôt le tapage nocturne de Fred en doux affleurements et effleurements, en sand shuffles, laissant Ginger à ses songes.

Isn’t this a lovely day to be caught in the rain ? C’est ce que chante Fred dans la scène de parc qui a inspiré A Damsel in Distress, Band Wagon et Funny Face (http://www.objectif-cinema.com/article.php3 ?id_article=4347). Dans le kiosque, Ginger, en tenue de gentlewoman-farmer, mime ses sentiments : rebelle et effarouchée, elle est soudain effrayée par l’orage puis finalement séduite par l’humour et la danse de Fred, plus que par son sexe-appeal. Leur pas de deux dure près de trois minutes et est filmé dans la continuité, sans filet. Dans Top Hat, White Tie and Tails, Fred arbore queue de pie, œillet à la boutonnière, canne et haut de forme, se démultiplie en vingt-quatre boys reproduisant tant bien que mal les pas vifs et syncopés du claquettiste et utilise la canne comme un instrument percussif, une troisième semelle ferrée l’aidant à produire son cliquetis inimitable. Emblème du handicap, la canne est aussi une arme aux mains d’un Fred qui, comme l’a remarqué ici-même la cheftaine Cécile Giraud (http://www.objectif-cinema.com/analyses/088.php), voit son statut de star menacé par l’armée des ombres de la chorus line.