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LA VIE DES AUTRES
de Florian Henckel von Donnersmarck
Par Marion KLOTZ

SYNOPSIS : En 1984 à Berlin Est, Gerd Wiesler, officier de la Statsi, se voit confier la surveillance de l’écrivain de théâtre Georg Dreyman sans se douter qu’il s’agit d’une intrigue orchestrée par le ministre de la culture qui amoureux de l’amie de Dreyman - l’actrice Christa Maria Sieland - souhaite le faire disparaître. Le Lieutenant supérieur Grubitz tente quant à lui de tirer bénéfice de l’affaire pour sa carrière. Wiesler, célibataire, pour ainsi dire sans vie privée, découvre au cours de ses surveillances,le monde de l’art, de l’amour et de l’ouverture d’esprit, horizons qui lui étaient jusqu’alors inconnus.



UNE PAGE D’HISTOIRE

La vie des autres est le premier film d’un jeune réalisateur encore « anonyme ». Plus pour longtemps. D’abord étudiant en philosophie et surtout berlinois de souche, Florian Henckel von Donnersmack était préposé aux longs voyages (1). Il passe sa jeunesse entre New-York, Bruxelles et l’on vient juste de lui proposer un détour par Hollywood où il prendra peut-être au passage une statuette avant de rejoindre enfin sa ville natale ; Berlin ses tours, son verre et ses grands espaces...tournés vers les horizons lointains ! L’oscar du meilleur film étranger, voilà tout le mal que l’on souhaite à cet inconnu qui a déjà tant parcouru.

Voyageur et penseur, donc plutôt apte au contact avec « l’autre », Florian H von D se révèle en tout cas fin observateur et chercheur acharné de tout ce que cet « autre » peut incarner d’étrange, de proche et d’étranger. La vie de celui-ci qu’elle soit banale, abjecte ou désirable devient alors toujours véritable curiosité.

Reprenons. Plusieurs années furent nécessaires à l’élaboration de ce premier long métrage qui repose d’abord sur la peinture d’un contexte politique complexe - à savoir une RDA arrivée au paroxysme de sa logique répressive, aux confins de son anonymat (puisqu’on en parle) et atteignant le bord d’un précipice qu’on nomme « ab-sur-di-té » - ; un contexte qui fait écho à une mise en scéne exigente, et donc extrême...évidemment.

Retenons. C’est d’abord l’épure du cadre qui nous frappe ; son amplitude, véritable petite sœur des ambitions du récit. Ceci, justement parce que ce cadre large et libre dénote face aux sinueux et obscures enjeux politiques dans lesquels nous sommes d’emblée plongés bien qu’ils nous sont finalement peu racontés. Calibrée, calculée mais complexe, notre entrée dans La vie des autres est aride. Elle est une gène et fait de nous des intrus. Est alors directement gagné ce pari cinématographique qui est de convaincre le spectateur que quelque chose est à conquérir. Notre intrusion s’avère cruelle car elle coïncide avec le passage aux aveux d’un homme dont le « crime » ne serait pas vraiment expliqué. On sait juste qu’il pense hors des cadres qu’impose le régime communiste d’alors. Quand à savoir vraiment ce qu’il a fait... Ainsi, dès le départ, c’est notre regard vierge et étranger qui fait rimer logique proprète de l’interrogatoire et tactique crasse de l’anéantissement de l’inculpé. Nous voilà donc partis à la conquête d’un univers qui s’étire d’un bout à l’autre de l’écran mais où il n’est pas bon de se faire remarquer. Une chose est certaine, dès les premières minutes, déjà, le film nous « domine ».