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THE GOOD GERMAN
de Steven Soderbergh
Par Nicolas VILLODRE

SYNOPSIS : En 1945, le correspondant de guerre américain Jake Geismer débarque à Berlin pour couvrir la conférence de Postdam où les Alliés décideront du sort de l’Allemagne vaincue, parleront de l’avenir de l’Europe... et se disputeront âprement les restes du gâteau.
Quelques années plus tôt, Jake dirigeait une agence de presse à Berlin et eut dans cette ville une liaison avec la belle Lena, mais tout cela semble bien éloigné, car la guerre a souillé, meurtri et ravagé ce que chacun avait de plus de cher. Et l’après-guerre poursuit ce travail de sape, qui affecte aussi bien les vaincus, usés par les privations, la peur et les compromissions, que les vainqueurs, décidés à se "payer sur la bête".


C’est le premier film vu dans le cadre de la sélection officielle de la 57e Berlinale.



57e Berlinale. Faute de grives, faute de môme, moineau ou piaf, roucoulants jusqu’à plus soif, jusqu’à overdose de vie en rose (les séances du film Confêtard et Cotillons, toutes publiques, aucune de presse, étaient prises d’assaut à Berlin, la publicité du festival ayant bien fait les choses), faute de bellevilloise à gogos, à bobos en mal de franchitude, faute de biopic de junkie à la Ray ou à la con, faute de B.O. de celle qui a, reconnaissons-lui ce mérite, su élever le gargarisme au niveau d’un art vocal (c’était le temps des pétomanes, des comiques-troupiers, celui, comme disait Brel, du cinéma muet, pas encore du microphone et de la nuance apportée par des crooners genre Jean Sablon), faute de femme de poigne, de femme à hommes, d’agent artistique ayant lancé grands couillons (Montand), sportifs (Cerdan) et vedettes talentueuses (Moustaki, Aznavour, Eddie Constantine, Charles Dumont, Jacques Pills, compagnons de plum’ et de la chanson), faute de chanson réaliste (rien de plus faux, excessif, expressionniste, artificiel qu’une œuvrette de cette catégorie), on s’est contenté d’égrener nos souvenirs de tournage d’Edith et Marcel (nous y avions fait de la figuration sans pour autant être allé voir le résultat en salle, de peur d’être déçus, mais peut-on vraiment l’être d’un film, quel qu’il soit ?), de se remémorer la bande-son de la chanteuse Mama Béa, à la diction savante, juste, maîtrisée, énergique, bluesy, passant en boucle lors des longues journées où Lelouch faisait mumuse avec sa louma au Casino de Paris.

Le Bon Allemand, donc. Ou La Bonne Allemande (pas la femme de chambre, l’Allemande en général, celle ou celui qui fait genre). Un mix de Dernier métro, de Pianiste et d’Allemagne année zéro (Le pianiste rate son dernier métro à Berlin). Avec des touches du surévalué Casablanca pour le noir et blanc, des faux airs de 1,37, quelques newsreels en 16mm avec des femmes armées de pioches réparant les dégâts, des soldats soviétiques à chaque coin de rue, des défilés et des effets de filé, de gros titres sur le Japon encore en guerre, des transparences à l’ancienne, un cul-de-jatte comme dans les burlesques du muet (paraîtrait que le réalisateur a été jusqu’à recycler fétichistement le matos des studios de la Warner des années 40 pour jeter le trouble, donner le change, apporter à son film un cachet plus « authentique »). Quelques gravats dans une ruelle de Budapest ou de Prague et le tour est joué. On est à Berlin. En 1945. Après le bunker. Avant le mur. On s’y croirait.