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FESTIVAL DE CLERMONT FERRAND
Compte rendu
de la 29e édition
Par Cécile GIRAUD

Un an avant la trentième édition qui promet une programmation aussi riche qu’étonnante, le festival du court métrage de Clermont Ferrand est fidèle à lui-même, avec sa compétition nationale, sa compétition internationale, sa compétition labo ainsi que ses programmes spéciaux, consacrés cette année au cinéma polonais, au cinéma belge et aux super héros, et étonne cette fois avec le Prix du public et le Grand Prix qui reviennent tous deux au même film, Le Mozart des pickpockets, de Philippe Pollet-Villard rencontre entre l’enfance et l’âge adulte réunis sous le signe de l’escroquerie, film charmant mais prix qui ressemble à un consensus mou.



En quelques 184 films, le festival a proposé encore une fois un panorama de la production courte mondiale, étoffée d’hommages et de rétrospectives qui prouvent, si cela était encore nécessaire, que le court métrage n’est pas un produit à consommer sur l’instant, un simple amuse-gueule au long métrage, mais bien un cinéma avec son histoire, ses auteurs, ses films cultes, et qu’il est moins un genre qu’une forme qui se révèle multiple. C’est donc cette multiplicité que viennent, en nombre, chercher tant les festivaliers, professionnels de la profession, que les clermontois. Jamais un public n’aura été aussi présent dans un festival, si spécialisé soit-il. Si le programme super héros était le temple du second degré et de la kitscherie, le programme belge dépliait toutes les couleurs du court métrage belge, avec des auteurs aussi exigeants que Nicolas Provost, ou Arnaud Demuynck, les comédies de Micha Wald et d’Abel et Gordon. Cette rétrospective extraordinaire était d’ailleurs relayée par le dernier numéro de magazine BREF accompagné d’un DVD de douze films, allant de la franche comédie à la tragédie familiale, de Bouli Lanners à Olivier Masset-Depasse. Un film après l’autre, on comprend que, derrière l’humour noir et le rire jaune (titre de la rétrospective clermontoise), le court métrage belge s’interroge constamment sur l’identité. La question primordiale est bien qu’est-ce qu’être belge ?, à travers des personnages toujours en décalage, mais vivant à l’excès les paradoxes d’une société multiple.

Encore cette année, il fallait glaner les perles rares au fil des programmes, et trier le bon grain de l’ivraie. Pas un programme sans intérêt, mais il fallait parfois prendre son mal en patience pour mériter de découvrir LE film, comme le programme Labo 3 où, outre le très drôle film d’animation One D en forme de gag autour du cinéma en 3D, déjà vu dans pas mal de festivals, on pouvait remarquer l’un des plus beaux films du festival, Adjustment de Ian MacKinnon dans lequel un dessinateur, quitté par sa fiancée, tente de faire le deuil de son histoire sans y parvenir, les souvenirs du passé et du futur lui revenant à la pointe de son stylo sous forme de flip-books retraçant des moments forts du couple, ou simplement des instants, des sensations. Le film « live » se mêle à l’animation artisanale du flip book, transcendant cette histoire traditionnelle en lui apportant une poésie rare. Le Labo nous proposait de retrouver des auteurs déjà croisés au festival et reconnus hors des frontières du court-métrage, tels Pleix, et leur nouveau clip aux chiens volants, moins recherché que les immeubles se désagrégeant de Sometimes mais tout aussi jouissif. Egalement au programme le très beau film de Dave McKean, illustrateur reconnu, qui avait remporté le Grand Prix Labo en 2002 avec n(eon) Dawn n’est pas sans rappeler les essais de sensation visuels de Leighton Pierce (voir http://www.objectif-cinema.com/article.php3 ?id_article=3453), étrangement absent du festival malgré la beauté de son dernier film. Dawn suit les aspirations d’une jeune fille, éveillée à l’aube et cherchant au hasard à résoudre ses états d’âme. Vu encore en Labo, le suédois Jens Jonsson, lui aussi habitué de Clermont, avec Linerboard qui, à l’image de ses compatriotes Ola Simonsson et Johannes Stjarne Nilsson (eux aussi étrangement absents), crée une swedish touch, avec un film aux abords kitsch et absurdes, avec son image délavée et ses personnages ringards, qui révèle une sensibilité bouleversante.