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LES TEMOINS
d’André Téchiné
Par Nicolas VILLODRE

SYNOPSIS : Manu a vingt ans quand il débarque à Paris pour chercher du travail. Il s’installe provisoirement chez sa soeur Julie dont il partagera la chambre dans un hôtel de passe...



57e Berlinale. Enfin un film. Un vrai. Pas un film génial. Mais pas un simulacre, un semblant, un ersatz, comme tous ceux qu’on a vus jusqu’ici en compétition. Pas une vague idée de départ avec un montage financier disproportionné et un casting à rallonge ou à la noix. Non, un film à l’ancienne, classique dans sa conception, son écriture, audacieux dans sa façon discrète et subtile d’exposer son sujet. Une certaine idée du cinéma. Une vraie exigence. Question à la fois de hauteur et d’auteur. N’excluant certes pas les fautes de goût. Il y en a toujours. Y sont par exemple discutables certains choix en matière de distribution (à commencer par celui d’Emmanuelle Béart, censée incarner une écrivaine passant son temps à taper sur sa machine à écrire portable rouge, la fameuse Valentine d’Olivetti, modèle créé en 1969 par Ettore Sottsass, le MacIntosh n’étant pas encore très répandu dans la France de 1984, tous seins et fesses dehors la plupart des scènes, mais pas seulement : se pose aussi celui de la comédienne à l’accent marseillais caricatural qui joue sa mère, celui de la pute au grand cœur qui se lance dans une lamentable imitation de la chanteuse Catherine Ringer dans ce qui se voulait le morceau de bravoure lyrique du film, celui enfin du giton américain qui semble avoir emballé à la fois le cinéaste et le personnage de médecin gay qu’incarne Michel Blanc à l’écran, etc.), de cadre social où se situe l’action (gauche villa-à-Mougins pré-Ségolène et milieu bourgeois friqué sonnant un peu toc) et d’anachronismes assumés sous la forme de gros clins d’œil au spectateur (objets, vêtements, véhicules, tous plus contemporains les uns que les autres, plus proches de nos années 2000 que des années 80 où se déroule la fable : cf. par exemple la taie d’oreiller avec l’inscription Assistance publique, hôpitaux de Paris 2006).

Le reste est top. C’est-à-dire, comme devraient l’être tous les films, du niveau international. Pas un simple téléfilm provincial pour Arte (cf. par exemple le film survendu Le Faussaire), une œuvrette franchouillarde quelconque (on n’a pas vu La Môme qui en présente tous les symptômes) ou un défilé de minois bankables (tous les films américains vus jusqu’ici). Michel Blanc est convaincant et n’a jamais besoin de surinterpréter son texte. En quelques traits, un simple regard, une amorce de sourire, son personnage prend corps et emporte l’adhésion du public. On a tous quelque chose de ce gars un peu paumé, au fond. Le flic beur et bi joué par Sami Bouajila donne une leçon d’actorat à chaque plan. Manu (Johan Libéreau) est OK. Julie Dipardiou, même en autopilotage (le metteur en scène ne lui ayant apparemment pas demandé de creuser ou de varier un peu plus le personnage qu’on connaît), toujours sympa.