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DVD

CINEMA
DE NOTRE TEMPS

initié par André S. Labarthe et Janine Bazin
Par Cécile GIRAUD

A PROPOS DE CE COFFRET : Outre les séries américaines, la télévision ne jouit pas d’une grande reconnaissance en DVD, faute sans doute à la qualité des émissions hexagonales. C’est donc un événement de voir éditer la série de portraits de cinéastes Cinéma de notre temps (qui succèda en 1989 à Cinéastes de notre temps, initié par André S. Labarthe et Janine Bazin) en coffret 6 DVD renfermant 18 épisodes de la série. On aimerait maintenant voir MK2 éditer les meilleurs épisodes de l’ancienne formule de Court-circuit, véritable émission de création, qui a vu (malheureusement) son équipe et sa formule changées en début d’année.



John Cassavetes, Jean Rouch, Abel Ferrara, Andreï Tarkovski... On ne se lasse pas d’égrener un à un les noms des cinéastes rencontrés dans le cadre de Cinéma de notre temps. La diversité des auteurs choisis n’a d’égale que celle des réalisateurs de chaque épisode, qui proposent chacun à leur manière des portraits singuliers. L’un filmera le cinéaste au travail (Mosso Mosso, Jean Rouch comme si... par Jean-André Fieschi) l’autre dans l’intimité de ses souvenirs (Alain Cavalier), le troisième dans un entre-deux, évidemment John Cassavetes, dont la salle de montage était intégré chez lui. Les discours se suivent et ne se ressemblent pas, comme les images. Chaque épisode dure entre 50 minutes et 1h15, et saisi par la simplicité des dispositifs, voir l’aspect amateur de certains. On repense alors au film récemment sorti de Sarah Bertrand, There is no direction, qui interrogeait plus de 20 cinéastes en 1h15 de temps, chacun esquissant en quelques minutes voir secondes, une définition d’être cinéaste. Le challenge était imposant, l’intention louable, mais comment rivaliser avec ces portraits qui, s’ils ne la posent pas frontalement, répondent en quelque sorte à la question qu’est qu’être cinéaste ? Ce que Sarah Bertrand tentait de comprendre avec des mots, les réalisateurs de Cinéma de notre temps le font avec des images, à mot couvert.

Un cinéaste de documentaire (Jean Rouch) nous dit que le cinéma c’est faire « comme si », alors qu’un cinéaste de fiction ne parle que du vrai (John Cassavetes). L’un et l’autre mélangent réalité et fiction, acteur et personnage, intimité et universalité. « Le cinéma vérité en prend un coup », c’est ce que dit le réalisateur du portrait de Jean Rouch, mais évidemment, tout cinéma est à la fois vérité et mensonge, tout comme ces portraits qui fixent un instant particulier de leurs sujets. Celui de John Cassavetes est en cet aspect particulièrement troublant, puisque se confrontent deux espace-temps, celui de l’euphorie de John, chez lui, présentant sa maison transformée en plateau de cinéma, presque hystérique en parlant du système hollywoodien, qui s’autodétruit en lui donnant gratuitement de la pellicule, lui, le plus indépendant des indépendant qui fait des films à crédit, et celui de l’inquiétude, du renfermement quelques mois plus tard dans une chambre d’hôtel. On y aperçoit Gina Rowland, qu’on aimerait attraper mais qui ne semble pas vouloir se laisser filmer.