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ANGEL
de François Ozon
Par Nicolas VILLODRE

SYNOPSIS : Angleterre, années 1900. Angel Deverell, 17 ans, rêve de devenir écrivaine à succès et d’habiter Paradise House. Elle n’a pas eu la chance d’être née dans un écrin doré comme Angelica, la jeune fille qui habite ce manoir et vit modestement avec sa mère à l’étage de l’épicerie familiale. N’ayant presque jamais ouvert un roman de sa vie, elle a une imagination sans borne qui court page après page au bout de sa plume. La nuit, le jour, elle écrit, écrit, écrit. Jusqu’au mot « fin » apposé au bas du manuscrit. Elle envoie un roman à un éditeur londonien qui accepte de le publier malgré l’impétuosité de la jeune fille et son refus d’en corriger la moindre virgule. C’est le début d’un succès foudroyant qui propulse Angel au rang d’auteure de best-sellers. Elle accède alors à tout : l’argent, l’amour, la gloire et, surtout, Paradise House, le domaine tant convoité...



57e Berlinale. Ozon, c’est pas Ozu, c’est pas Isou, non plus. C’est un malin. Un Cromalin. Une copie conforme de ce qui se faisait de mieux au cinéma il y a, disons, au moins une trentaine d’années. Du Fassbinder en plus propret et lisse - le comédien irlandais qui interprète, assez roidement, il faut dire, le peintre maudit qui tombe l’héroïne doit sa sélection à sa rousseur vangoghienne autant qu’à son nom, Fassbender, qui rappelle précisément celui du cinéaste allemand. Kirk Douglas et Douglas Sirk la main dans la main. Le deuxième, voire le troisième degré de tout ce méli-mélo. C’est que le cinéma est devenu une chose sérieuse, chère Ma’ame ! On n’est pas là pour rigoler. Ou pour simplement se faire plaisir. Il y a donc un côté appliqué dans le film. Rien qui dépasse. Peu de fautes de goût, si ce n’est justement l’aspect mesuré, calculé, de petite entreprise, qui n’connaît pas la crise (l’épicerie est d’ailleurs un des sous-thèmes du roman), dont la mécanique de séduction en surface visant une efficacité et une rentabilité maxi est visible à chaque plan, prévisible à chaque fois. Et les références culturelles convoquées par le cinéaste, toutes plus convenues les unes que les autres. Aucune qui puisse vraiment choquer ou heurter la sensibilité. Un manque total d’audace, de novation, Ozon rimant, paradoxalement, avec raison.

Les disciples de Noguez et de Chevènement auront du mal à avaler qu’un film hexagonal, réalisé et produit par des Français, soit totalement tourné en... anglais. Le réalisateur se justifie avec un certain sens de la sophistique : l’ouvrage sur lequel il a flashé est, comme par hasard, un roman anglais, selon lui, impossible à transposer en France ! Il y a aussi quelque chose d’un peu gênant, qui met mal à l’aise, on se demande ce que c’est tout au long de la projection et on n’a la réponse qu’à la sortie de la salle : c’est la B.O., le « compositeur » de la musique du film ne s’étant pas trop foulé puisqu’il s’est contenté de développer, pour ne pas dire plagier (il y a plagiat au bout d’un certain nombre de mesures identiques entre le thème original et sa réplique ; et nous n’avons pas eu le réflexe de les compter, n’étant pas inspecteur à la SACEM), le thème écrit par Charles Chaplin pour son film de 1967 A Countess from Hong Kong dont Petula Clark fit un hit planétaire sous le titre de « This is My Song ». Ceci dit, le film d’Ozon, malgré sa durée exagérée et son manque de recherche formelle, est ce qu’on a vu de mieux dans la sélection berlinoise.