Annuaire boutique
Librairie Lis-Voir
PriceMinister
Amazon
Fnac

 
     




 

 

 

 

ELECTION
de Johnny To
Par Romain CARLIOZ

SYNOPSIS : Election 1 et 2 racontent l’ascension successive de deux gangsters au sein du puissant clan Wo Sing, une triade hongkongaise. Dans le premier opus, le froid Lok doit se débarrasser d’un rival récalcitrant pour prendre le pouvoir. Dans le second, c’est le jeune Jimmy, homme d’affaires sans scrupules, qui rallie le vote de tous les anciens pour écarter Lok de la course.



Le dernier des hommes (politique)

Un drôle de gars que ce Johnny To. À l’heure où l’on croyait pouvoir enterrer le cinéma d’action hongkongais moderne après l’effacement progressif des deux figures mythiques des années 80 (Tsui Hark et John Woo), le voilà qui surgit, comme un gamin distant quoique prolixe, pour nous offrir un diptyque à l’ancienne, un film de gangsters brutal et raffiné. L’homme a pourtant de quoi laisser perplexe : enfant des seventies, il aborde le cinéma en formaliste, expérimentant film après film, avec une irrégularité chronique, les possibilités d’abstraction du médium cinéma. C’est sans doute cette capacité à produire le meilleur et le pire qui fait d’Election un doublé capital dans l’œuvre du cinéaste.


(Inter)actions

Cerner l’œuvre de Johnny To, c’est d’abord s’interroger sur ses ascendances, son histoire pour mieux en remonter les différents fils. L’erreur naturel et presque atavique pour ce qui est du cinéma hongkongais, est de le considérer comme un héritier direct de l’heroic bloodshed. Ici, pas d’effusion lyrique, pas de gunfights pyrotechniques, la recherche est essentiellement formelle. Johnny To est visiblement inspiré par le cinéma post-moderne de Patrick Tam (The Sword), un hiératisme melvillien et les architectures sophistiquées du cinéma de Kurosawa.

Par bien des côtés, Election est donc l’aboutissement parfait des différents essais que furent The Mission et PTU. Ici et là, l’univers cinématographiques est exclusivement constitué de trajets, de lignes interchangeables sur la cartographie du récit. Les flics de PTU traversent la ville de part en part sans que jamais on ait l’impression de les voir avancer. Les gardes du corps de The Mission se figent dans des positions figuratives aux frontières de l’abstraction. Quand aux hommes d’Election, ils importent peu. Leur place, leur soif de pouvoir est interchangeable selon leur place dans le récit. À Lok succède Jimmy ; et à Jimmy ? L’histoire pourrait ainsi perpétuellement substituer une image à l’autre sans que l’ordre immuable du genre n’en soit jamais perturbé. L’action se tait pour laisser place à l’interaction des corps, des sons et des images, comme dans le générique en surimpression qui ouvre chacun des opus.