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L’HOMME QUI REVAIT D’UN ENFANT
de Delphine Gleize
Par Sophie HAUBOIS

SYNOPSIS : Chaque jour, Alfred, la cinquantaine, vend les œufs de ses poules au marché du village. Chaque jour, Suzanne, jolie jeune femme, lui en achète un. Alfred la regarde de ses grands yeux et signe l’œuf d’un autographe. Le problème d’Alfred c’est qu’il ne parle pas. Hormis avec sa mère, ses poules et les enfants, il fait un blocage et est incapable de prononcer la moindre parole. C’est comme ça depuis qu’il est tout petit, depuis l’accident. Un jour, il décide donc d’adopter un enfant. Comme ça il ne sera plus tout seul et il pourra parler avec quelqu’un. Peu de temps après, il reçoit une lettre l’invitant à venir chercher le petit Jules K. à la gare tel jour. Mais aucun enfant ne descend du train. A la place, c’est un vieux monsieur un peu déboussolé qui porte le nom de Jules K.



Passons sur le titre, inattractif au possible, et attachons-nous au prologue. Le bruit du ressac, fracassant, de l’éternel déplacement massif des eaux, habille un plan figé large représentant un coin de plage où un petit garçon en habit du dimanche (culotte courte, chemise, tricot sans manche, chaussures vernies) se tient debout, dos à la mer. Son regard fixe deux pieds chaussés qui dépassent du sable, donnant l’impression qu’un homme y est planté comme un arbre, à l’envers. A l’arrière-plan, une femme allongée sous un parasol. Un souffle de vent court dans cette quasi photographie. Il y a une poésie indiscutable dans ce plan, un appel irrésistible à l’onirisme, à l’étrangeté surgie au milieu de l’ordinaire. Puis ce bruit de vague assourdissant se mue en un son plus atténué, celui perçu par les oreilles quand la tête est immergée sous la surface de l’eau. Celui entendu par quelqu’un qui se noie. Un fondu au noir ramène alors le spectateur au vrai sujet du film, l’arrachant à sa contemplation. Il ne lui sera plus donné qu’épisodiquement de revivre une fraction de ce moment de grâce. Sans lien significatif avec le restant de l’intrigue développée par le film. Dommage.

Lorsque Alfred, 50 ans, décide d’adopter un enfant, il est loin de se douter que celui-ci sera 80 ans plus âgé que ce à quoi il s’attendait. La scène de « reconnaissance » à la gare reste très improbable : quel cheminement de pensée peut se faire dans le cerveau d’Alfred pour qu’il comprenne que ce vieux qui porte une valise étiquetée Jules K., soit en fait le bébé qu’il attendait ? Pas très contrariant, Alfred décide de prendre les choses comme elles viennent et de jouer son rôle de père auprès d’un homme qui aurait pu être le sien. Dès lors Jules va effectivement se comporter comme un enfant et en connaître toutes les phases de croissance, du bébé à l’adolescent qui ramène des filles à la maison, en passant par le jeune garçon qui fait des bêtises et teste les limites de son père. Delphine Gleize avait-elle pour intention de transmettre un quelconque message sur le devenir des vieilles personnes dans notre pays ? A savoir que lorsqu’on vieillit, on a tendance finalement à régresser et à retrouver un état proche de l’enfant qui nécessite soins, assistance, attention, protection, amour. N’entend-t-on pas nos aînés se plaindre de leur solitude, de leurs enfants qui les délaissent, qui habitent trop loin, ont mieux à faire ? L’exemple d’Alfred et Jules ne serait-il pas un modèle de famille ? L’enfant qui prend soin de son vieux père déboussolé, comme il le ferait de son propre fils pas encore autonome et sevré ? Peut-être le propos de Delphine Gleize est-il là. Mais comme il est bancal !