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WILLIAM FRIEDKIN
"Je n’ai que des illusions sur l’être humain"
Interview réalisée
Par Bill KELSO

French Connection, L’Exorciste, Le Convoi de la peur, La Chasse, Police Fédérale Los Angeles... William Friedkin a marqué les années 70 et 80 de son empreinte. Tombé dans l’oubli ces dernières années, il en est ressorti il y a 4 ans avec Traqué, un film d’action théorique et virtuose. En ce sens, Bug tient moins de la renaissance que de la confirmation. Celle que Friedkin, 62 ans, reste en pleine possession de son art. Avec ce huis-clos paranoïaque et romantique, il a trouvé le terrain idéal pour interroger encore une fois le bien, le mal et leurs frontières respectives. Il revient avec passion sur ce film riche et complexe, sans esquiver la moindre question. Conversation avec un maître...



Objectif Cinéma : Bug fonctionne sur trois niveaux. Film politique, essai sur la paranoïa, il apparaît surtout comme une histoire d’amour jusqu’au boutiste...

William Friedkin : Vous avez raison. Bug est avant tout une folle histoire d’amour. Mais bâtie sur l’illusion : ni les spectateurs, ni moi-même, ne savons si les personnages disent la vérité. Bug envisage les différents niveaux de réalité que nous sommes capables de générer pour nous-mêmes. En un sens, nous vivons tous dans une réalité « séparée », la nôtre. Et vous, moi, nous créons un personnage public, très différent de notre personnalité privée. Je joue à être William Friedkin toute la journée. C’est mon personnage. Il est souvent poli, souvent un gentleman, parfois un imbécile... Mais il existe un autre personnage quand je suis seul. Un personnage très différent du précédent qui n’est que maquillage.


Objectif Cinéma : Peter et Agnès, les héros de Bug, auraient donc enlevé ce maquillage ? Viveraient pleinement dans cette réalité séparée ?

William Friedkin : En un sens oui... Un exemple. Peter n’est pas une invention d’Agnès, puisque le film commence avec elle. Mais pourquoi Agnès ne serait-elle pas une invention de Peter ? Elle a besoin de lui. Il lui rappelle le fils qu’elle a perdu. Un fils qui aurait grandi, et serait devenu un jeune homme séduisant. Alors, quand il accuse l’armée d’avoir réalisé des expériences sur lui, elle le croit. A 100 %. Elle ressent de la compassion pour cet homme. De la compassion, puis de l’amour... Quant à lui, il la voit comme la seule personne à même de le comprendre. Jusqu’à présent, Peter était seul au monde... L’un a donc besoin de l’autre et tous deux s’inventent un univers, leur univers. Ainsi, le docteur Sweat est certainement une création de leur esprit. Un ennemi sur lequel ils focalisent leur colère.


Objectif Cinéma : On pénètre dans la dimension politique de votre film...

William Friedkin : Les gens sont comme les nations : ils ont besoin d’un adversaire pour justifier leurs actions. Si l’Irak n’existait pas, les Etats-Unis l’aurait inventé. Grâce à lui, ils peuvent utiliser leur armes et leurs bombes. A quoi bon fabriquer des tanks et des avions si vous ne pouvez pas les employer ?