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DARK HORSE
de Dagur Kári
Par Emilie PADELLEC

Qu’il s’agisse de politique ou de musique pop, devient « dark horse » le ou la candidat(e) qui, contre toute attente, remporte l’élection, le prix ou la palme du moment. En astronomie, c’est aussi le nom d’une nébuleuse dite obscure, tâche sombre au cœur de la voie lactée, là-haut, tout près de la constellation d’Ophiuchus... Rayon cinéma, plus de soixante-dix ans après le Dark Horse "starring" Bette Davis [1], gageons que le nouveau long métrage de Dagur Kári se lovera, à son tour, dans notre mémoire.
Jamais peut-être fable filmique en noir et blanc, n’aura paru si lumineuse, cocasse et délicate à la fois. Pour ses moutons noirs de personnages, le prix à remporter est certes le plus commun, mais surtout le plus fragile et fugace. En Islandais, « hamingja » voudrait dire « bonheur »...



GRAFFITIFILM

Film d’apprentissage divisé en 12 chapitres, Dark Horse a pour personnage principal Daniel : la vingtaine et sans emploi, un peu paumé voire beaucoup, mais passionné par le graff’. Sorte de cupidon postmoderne sillonnant la ville au volant de sa mini Cooper blanche, il monnaye ses talents graphiques contre des déclarations d’amour grandeur nature qu’il bombe à même les murs de Copenhague. L’art urbain n’étant pas très lucratif, Daniel est fauché comme les blés ; pire, pas ambitieux pour un sou.

En écho à Noí [2] , premier anti-héros inaugurant la filmographie de Dagur kari, l’étau social, familial et judiciaire va très rapidement se resserrer sur Daniel. De toutes parts, il est prié de rentrer dans les rangs et de devenir adulte, responsable, raisonnable.
A commencer par son conseiller fiscal, consterné de constater qu’en quatre ans Daniel n’aurait gagné, en tout et pour tout, que 40 couronnes (soit,une poignée d’euros !).

Le plan d’ouverture de Dark Horse pourrait être à lui tout seul un symbole de cette rêverie marginale caractérisant Daniel et l’empêchant d’épouser le « système ». Vu en contreplongée, ce dernier débarque en effet dans un hall d’immeuble au carrelage apprêté d’un design strict, limite claustrophobique (mais très cinégétique). Image inaugurale d’un pion déboussolé à la recherche du droit chemin ?