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LIVRE

MANIFESTE
DU CINÉASTE

de Frédéric Sojcher
Par Derek WOOLFENDEN


SOUS RÉSERVE

Il est difficile d’établir une critique objective autour du livre de Frédéric Sojcher qui porte aux nues la fonction professionnelle et créative du cinéaste dans la mesure où ce dernier se découvre avant tout dans la pratique et non dans la lecture d’un ouvrage sur la question, aussi brillant soit-il !
Une réticence demeure sur un sujet qui a le mérite symptomatique d’être une problématique passionnante sur la perception du cinéma en France ! Et cet ouvrage participe à cette perception, celle du cinéma d’auteur qui célèbre les grands noms, méprise les modestes artisans et occulte les fantaisistes (du cinéma de genre de certaines petites productions, parallèles aux grandes, au cinéma d’avant-garde). Étant saturé par les « valeurs » sûres, l’ouvrage de Frédéric Sojcher n’enchante pas forcément à première vue.

Dans un premier temps, on pourrait reprocher à l’auteur son engouement qui, de temps à autre, lui fait défaut comme, par exemple, le jugement hâtif que sous-tend la citation de Pasolini en exergue de son livre : « Quand on rate un film, c’est parce qu’on se ment à soi-même ». Je ne mettrais jamais en doute ou en cause le génie de Pasolini, mais cette phrase sortie de son contexte demeure bancale. Qu’est-ce qu’un film raté ? Cela reste assez subjectif... D’autant plus qu’un film « raté » peut s’avérer être des années après un chef d’œuvre selon les techniques abordées de montage ou de filmage lapidaires. Il serait tentant de citer, en contre champ, une phrase prise au vol et empruntée au cinéaste breton René Vautier : « Un film ne doit pas avoir honte de ses cicatrices ».

Le début de son ouvrage traduit une approche beaucoup trop cérémoniale, voire religieuse sur la question du statut de cinéaste qui relève des passions sincères et dévorantes de son auteur. Mais, voilà, ce sont les défauts des qualités mêmes de ce livre, les citations des cinéastes, passionnantes, font office, dans leur cadre, de véritables commandements. Ces adages n’ont plus rien du caractère pratique et informatif dans la mesure où ils sont prélevés et encadrés la plupart du temps de manière ostentatoire ! Autre point noir à souligner : une cinéphilie consensuelle qui trahit l’approche pédagogique et universitaire de son auteur (qui ne s’en cache d’ailleurs pas). En effet, ce sont les grands noms du cinéma qui sont encore et toujours en première ligne !

« Le paradoxe de la société contemporaine est qu’elle prône l’individualisme, mais nie la création qui déroge à la loi du plus grand nombre. La finalité et la logique de l’audimat entraînent chaque jour davantage la planète globalisée dans une médiocratie médiatique. La notoriété et la richesse financière sont devenues les valeurs cardinales, en lieu et place de l’élévation de l’esprit et du goût de la découverte d’autres mondes. Doivent implicitement être éliminés tous débordements des sens. Ou alors, ils seront canalisés dans une violence ou une pornographie de bon aloi (la transgression étant devenue une déclinaison marchande comme une autre). Ou bien encore, ils seront relégués à la marge, loin des grilles de programme du prime time. Cela me fait penser à cette blague sur la différence entre la dictature et la démocratie : la dictature, c’est « ferme ta gueule », la démocratie, « cause toujours ». » (Frédéric Sojcher, Manifeste du cinéaste).