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Après cette mauvaise foi critique de ma part, reconnaissons que le reste de l’ouvrage, après un début laborieux, devient passionnant et les références deviennent utiles et synthétiques comme l’éclairage sur les termes juridiques de droit d’auteur ou les distinctions entre découpage technique et scénario. Ce qui sied au mieux le livre de Sojcher, c’est la confrontation entre son expérience universitaire (des références certes consensuelles, mais utiles, une approche didactique, malgré des jugements hâtifs pas toujours développés) et celle de cinéaste.

L’ouvrage en devient passionnant et relève presque d’un rapport schizophrénique de son auteur aux images : les expériences personnelles et celles des autres (les grands auteurs) inventoriées s’interpénètrent grâce à la passion dévorante de Frédéric Sojcher pour le cinéma.

« Idéalement, j’aimerais qu’on puisse lire ce livre sans connaître aucun nom des cinéastes mentionnés. J’imagine un extraterrestre qui débarque sur notre planète bleue, tombe sur cet ouvrage et découvre à quel point être cinéaste est romanesque. (...). Puisse l’avenir préserver les regards des cinéastes, dans toutes leurs singularités, et nous préserver d’une vision globalisante qui ne vise qu’au seul divertissement. Étymologiquement, « se divertir » étant « se détourner de soi », je rêve au contraire du cinéma comme d’un appel à la curiosité et à la découverte de l’autre. » (Frédéric Sojcher, Manifeste du cinéaste).

Souvent, l’auteur oublie que le cinéma est boulimique et se nourrit de l’autre ou de ce qui le constitue dans la matière pratique et économique que sous-tend son médium jusqu’à la vulgarisation, l’épuisement, l’écœurement des nouvelles technologies et modes, et c’est ici et là que réside sa dimension ingrate, mais aussi sa dimension proprement (a)morale. L’auteur surestime le cinéma et en oublie les ambiguïtés et les paradoxes qui déterminent sa complexité et finalement, il faut bien le dire, sa richesse.

C’est pourquoi, à cette lecture, on lui apposera un ouvrage qui serait son versant négatif et que Frédéric Sojcher cite dans la conclusion de son livre : La Mort dans l’œil de Stéphane Zagdanski (paru chez Maren Sell Éditeurs en 2004). Un autre parti pris, une certaine mauvaise foi, aucune réelle ou sincère fantaisie, mais dont le mérite est finalement une approche sociologique, historique et surtout « morale » et polémique rattachée à ce médium. Paradoxalement et ensemble, ces deux ouvrages vous proposeront, dans ces extrêmes points de vue autour du cinéma et de ses outils, un chantier dont le seul guide sera votre propre rapport avec celui-ci et vous émoustilleront un moment à vouloir faire des films comme un enfant avant de revêtir la cape de Batman ou de Superman et de les incarner pour la journée !

« Voir et penser, c’est être figé devant une erreur mouvementée taxée d’immortelle. (...). Le cinéma est spirituellement un art infirme, un art qui a prospéré sur la tromperie - l’illusion d’optique comme on l’appelle - tirant parti de cette infirmité oculaire pour bâtir son empire de mensonge. (...).
Si le cinéma emprunte à l’Antiquité à la fois son nom et son concept, ce n’est pas seulement en tant que machine visuelle mais aussi comme instrument politique, comme outil de domination. (...). Mais c’est Platon qui élabore une métaphysique de l’asservissement par le regard qu’il ne restera au cinématographe qu’à concrétiser, au cinéma à déployer et au multi média contemporain à parachever. (...).
En mettre plein la vue est la fatalité de l’Image. (...).
De Méliès à Godard, le même mécanisme produit les mêmes chimères. Il participe de la négation puisqu’il annule ce qu’il représente. (...). En cela, et comme l’explique Bergson, l’Image, comme la négation, est « d’essence pédagogique et sociale ». Méliès était prestidigitateur de formation, Godard sera un militant sur le fond.
Or, qu’on se le dise une bonne fois, l’art ne milite jamais. » (La Mort dans l’œil de Stéphane Zagdanski, Maren Sell Éditeurs, 2004).