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MONTAG
A propos du film
d’Ulrich Köhler
Par Elina LOWENSOHN
Traduit de l’anglais
par Emilie PADELLEC


A peine sortie de l’un des deux seuls cinémas parisiens proposant à l’affiche Montag, je me suis soudain sentie pleine de doutes par rapport à ma propre vie. Un court instant, c’était comme si j’avais perdu de vue mon but. Mais « Quel but ? » me suis-je demandée. Quel en était l’objet et son pourquoi ? Est-ce que je faisais ou vivais vraiment ce que je désirais faire ou vivre ? J’avais l’esprit lourd et léger à la fois, mes impressions sur le film s’étant imprimés fortement dans ma conscience, et peut-être même plus à même mon inconscient. Et c’était une évidence.

La légèreté... Comme je me sentais beaucoup plus vivante à la sortie de cette séance, j’ai su que ce film allait vivre en moi encore pour quelque temps, donnant des couleurs à l’espace qui m’entourait et que j’allais traverser ; de temps à autre, son rythme se substituant au mien. Malgré les sensations douloureuses qui habitaient mon corps et mon esprit, je me sentais moins seule qu’avant d’avoir vu ce film. Je me suis rendue compte que j’étais peut-être moins seule que ce je croyais ou pouvais croire. Que ce n’avait jamais été ma solitude qui susurrait violemment à mon oreille toute ces questions que je me posais sur ma vie, mes relations ou ma place en tant que femme. Car voilà un jeune réalisateur qui, en toute simplicité, était tout à coup capable de toucher du doigt ces questions touchant à l’être, à l’exil, à la séparation, l’incommunicabilité, au sommeil, au silence, à la mort, à la fuite, à l’impuissance, à la vie moyenne, au rapport homme-femme, à la famille, à la construction et à la déconstruction, ou à la société occidentale.

Dès la séquence d’ouverture, il annonce la couleur : comment être encore vivant tout en étant comateux ? Bien que ces corps échoués sur leurs lits d’hôpital semblent morts, ils ne le sont pas. Seulement ont-ils sombré dans le sommeil. Et cette femme, Nina, se réveille-t-elle au cours de l’histoire ? Est-ce qu’elle force son mari, Frieder, à faire de même ? Il y a comme une décharge électrique entre eux, mais à peine si nous la sentons venir. Une fois posée la métaphore de la maison - cette ruine en cours de rénovation -, toutes les autres constructions ressemblent à des ruines. Décoller le papier peint des murs devient le geste-métaphore du comportement de Nina, lorsque celle-ci quitte le foyer. Il n’y a cependant aucune précipitation dans le déroulement de l’histoire. Je pouvais presque le sentir se caler sur mon propre rythme, en dériver presque, les événements survenant soigneusement, comme s’ils étaient placés dans une position et un timing précis. Un peu comme lorsque nous construisons une maison, suivant avec précaution les plans préconçus pour. La désintégration est quasi méthodique.

Ces impressions ne sont que les miennes et je n’ai pas à m’excuser de mon point de vue. Dès le départ, c’est subjectif. Je suis heureuse de pouvoir écrire sur les films qu’il m’arrive de voir, que je les apprécie ou pas. J’aime alors transformer cette activité en une sorte de mini-journal. Pourquoi écrire sur des films ? Pourquoi aller en voir ? Tout comme les livres, les films peuvent devenir ces amis intimes et silencieux qui viennent se loger dans le creux de notre mémoire. Je peux y décrypter ma propre histoire racontée selon un autre point de vue, y déceler un avis autre, un rêve, un souvenir, peut-être mieux narrés que par moi-même. Cela me permet de m’ouvrir davantage à l’existence, à ma vie. Lorsqu’un film m’habite, je respire et je dors avec les impressions qu’il a laissées sur moi. Aussi, lorsque je me décide à écrire sur les films que je peux voir chaque mois, je décide du même coup de partager une parcelle de ma vie avec tout lecteur lisant mes mots, ces fragments d’un journal intime rendu public. Je ne connais pas le pourquoi d’une telle envie. Je suis tout simplement moins intéressée par le fait d’écrire une simple critique, que de comprendre où ce voyage m’entraîne et vous entraîne. Vous qui parcourez des yeux ces lignes, et influencez d’autres personnes en allant voir des films qui ont peu d’opportunités d’exister.