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Des arts plastiques aux arts visuels

Objectif cinéma : Est-ce qu’Autoportrait et le monde (1997) est votre premier film "personnel" ?

Johanna Vaude : En fait, Autoportrait et le monde était conçu pour le cours de Bernard Roué. Le sujet imposé était sur le thème du corps. À partir de ce fond, j’ai élargi à d’autres problématiques.

En 1997, Deke Dusinberre a montré des films d’étudiants pendant son cours, et c’est là que Sébastien Ronceray (1) a vu Bim bam Scratch pfuiiii..., mon opera prima présentée en public en 1996 à la Galerie Donguy. Ronceray m’a demandé de participer, avec lui, à la fondation d’une association de cinéastes expérimentaux qui devait comprendre des ateliers et des projections. Au début de l’année 1998, une salle de projection a été mise à notre disposition à la faculté de Censier. Comme nous n’avions pas d’argent pour louer des films, nous avons décidé de présenter nos propres travaux. J’étais si motivée que j’ai réalisé L’Oeil sauvage spécialement pour la séance : Nicole Brenez était dans la salle et c’est ainsi qu’elle a découvert et présentée ce film à la Cinémathèque dans une séance sur le clip (c’est vrai que je suis fascinée par les interactions entre le son et l’image, mes films ne sont toutefois pas des clips). Mon langage peut s’en rapprocher, car je veux transmettre une émotion simplement par les images et le son, sans utiliser de dialogues.


Objectif cinéma : Avec L’Œil sauvage, vous vous livrez un peu à un travail d’analyse.

Johanna Vaude : Effectivement, le spectateur s’immisce, ici, dans un monde intérieur, mais ce n’est pas un monde clos, car la paupière ne se ferme pas. Elle est ouverte à l’extérieur et plonge vers l’intérieur. C’est l’idée de la vision d’un œil ouvert, pas le rêve d’un œil fermé : la vision éveillée ; on entre dans cet œil ouvert qui perçoit toutes sortes de choses...


Objectif cinéma : C’est crypté : les dés, le cheval... Est-ce que ce sont simplement des motifs plastiques ?

Johanna Vaude : L’image des dés provient d’un rêve, d’où j’ai tiré une sculpture. Le rêve donnait à voir un nid dans lequel il y avait un fruit, quand j’ai secoué ce fruit, quelque chose se trouvait à l’intérieur. J’ai découpé le fruit, je l’ai ouvert et dedans j’ai trouvé des petits dés tout tordus visiblement faits à la main. J’ai voulu retrouver cette vision. Dans L’Œil sauvage, il y a la caméra qui s’approche et le fruit s’ouvre, le tout entremêlé à la peinture : certains spectateurs le voient, d’autres pas. Tout à coup, on perçoit ces dés, puis je les mets en valeur. Le cheval blanc : c’est le regard qui se libère, c’est la joie.


Objectif cinéma : Et vous avez ensuite peint par-dessus... Vous ne considériez pas le film achevé avant ?

Johanna Vaude : En fait, la peinture me permet de transcrire des émotions et aussi de formaliser un tracé mental, affectif. La peinture intervient de manière différente dans mes films, mais elle exprime quelque chose. Dans L’Œil sauvage, elle traduit des visions, des sensations qui se mélangent à des images réelles. Dans Totalité, la peinture est uniquement graphique ; elle concerne les couleurs, les formes, bref, tous les éléments qu’on apprend en histoire de l’art : le triangle, le carré...