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HONOR DE CAVALLIERA
d’Albert Serra
Par Elina LOWENSOHN

Elina Lowensohn était notre invitée lors de la séance de ciné-club objectif-cinema du mois de novembre 2006. Nous lui avons proposé une chronique, elle a accepté.



J’étais à Berlin en février dernier, en partie pour assister à la Berlinale. J’ai pu y voir le tout dernier film de Hal Hartley, Fay Grimm, dans lequel je joue cet éternel personnage - ou, comme je l’ai dit au réalisateur lui-même, l’archétype total -, d’une innocente jeune fille transformée en objet sexuel par les hommes. Mais je n’ai pas eu envie d’écrire sur son film, surtout ne sachant pas s’il sera ou non distribué en France.

J’ai ensuite vu Anna M. de Michel Spinoza..., son nouveau film, plutôt pas mal pour ce que c’est. Par contre, j’ai raté le film de Guy Maddin - Brand upon the Brain, à cause d’Hal Hartley, qui, en très bon ami qu’il est, m’hébergeant qui plus est, m’avait convié à une petite « party », m’empêchant malheureusement de me rendre à cette projection. J’ai néanmoins eu l’occasion de rencontrer Ulrich Koehler, le réalisateur de Bungalow et de Montag. J’étais très heureuse de faire sa connaissance, ne serait-ce que le temps d’une soirée, en espérant un jour pouvoir participer à l’un de ses projets.

Tout ceci se passait donc pendant le festival de Berlin, mais je n’y avais pas encore trouvé le bon film sur lequel écrire, même après avoir vu le dernier Lynch... Il faudrait d’ailleurs que je le revoie avant de pouvoir mettre noir sur blanc une seule de mes pensées.

Et bientôt, voilà le mois de mars qui s’approchait, déjà entamé même, et je me demandais toujours ce que j’allais bien pouvoir partager avec Objectif Cinéma, sur ma vie et sur un film. Le problème, c’est qu’il m’arrivait certes beaucoup de choses, pas assez intéressantes cependant en elles-mêmes, et que peu de films parvenaient réellement à stimuler mon imagination.

Finalement, il y a quelques jours, je suis allée voir Honor de Cavalleria d’Albert Serra. Pourtant, au départ, les seules raisons que j’avais d’y aller étaient les suivantes :
1 - Hartley m’avait conseillé de découvrir ce film à sa sortie,
2 - Un article paru dans Libération,
3 - Serra porte le même nom que le grand sculpteur américain, dont j’adore le travail.

Et quelque part, tout comme ce sculpteur... ce Serra-là a façonné une œuvre aussi minimaliste, massive et légère à la fois, enfin dotée, sous son aplomb apparent, de fragilité et de pureté.

Je me suis souvenue d’avoir lu enfant une version simplifiée du Don Quichotte de Cervantès, dont ce qui m’avait marquée le plus étaient les illustrations. Je ne pense pas avoir saisi alors le sens du récit, vraiment pas, excepté que Quichotte était un fou, un vieux fou croyant en des monstres ou à des Dieux inexistants, luttant contre des moulins à vent aux côtés de Sancho. Cet humble Sancho qui adorait son maître...

Cet après-midi là, je me suis retrouvée comme lasse, pensive, quelque part fatiguée émotionnellement sous l’effet de ces petites pensées douloureuses qui sont le lot habituel de nos journées... Je ne désirais qu’une seule chose : voir un bon film.