Annuaire boutique
Librairie Lis-Voir
PriceMinister
Amazon
Fnac

 
     




 

 

 

 

MISE EN SCENE DE L’ACTION ET MISE EN ABIME DU SPECTATEUR DANS ROCKY
(1976-2006)

Par Laurent KASPROWICZ
(Université de Metz)
Avec le concours
de Sébastien B0ATTO
(Université de Bordeaux III)

RESUME : L’esthétique de la série des Rocky peut se lire comme une incursion croissante vers deux tendances fortes de la télévision des années 80 : le sport télévisé et le vidéo-clip. Elle ne s’explique pas seulement par l’impression croissante et durable de la télévision (chaîne musicales, de sport ou d’infos continues) dans la vie des spectateurs ainsi que par la recherche lucrative de produits dérivés aux films. Le recours à la télévision vise surtout la recherche d’une efficacité spectaculaire maximum (vitesse, chocs visuels et auditifs) grâce au vidéo-clip. Il vise également à donner l’impression d’une retransmission « en direct » : on s’adresse directement au spectateur du film (comme s’il était spectateur de télévision) pour renforcer le réalisme de ce qui est vu.



Il s’agit d’une version remaniée du texte « La série des Rocky ou la mise en scène de l’action à travers le prisme de la télévision » publié dans « Le cinéma des années Reagan. Un modèle hollywoodien ? ». Sous la direction de Frédéric Gimello-Mesplomb. Préface de Michel Cieutat. Editions du Nouveau Monde pp-101-112, 2007.


L’évolution de la série des Rocky révèle une incursion croissante du monde de la télévision dans celui du cinéma grâce notamment au sport télévisé et aux vraies-fausses informations télévisées d’une part et au vidéo-clip d’autre part. L’une des raisons principales de cette progression est intrinsèque à l’esthétique même de ces films d’action, la recherche d’une efficacité spectaculaire maximum et l’implication du spectateur dans la diégése. Le sport télévisé et le clip vidéo sont des éléments contribuant à l’efficacité spectaculaire des Rocky et notamment de Rocky IV réalisé par S. Stallone.

La littérature scientifique au sujet de ces films/clips et en particulier des Rocky est étonnamment réduite. Pourtant, dès 1986, un article paru dans Starfix signé J-F Tarnowski et P. Lubliner l’analysait précisément. Il faut attendre 1987 et l’article de A. Labelle intitulé Le montage des attractions dans Rocky IV pour une réelle étude minutieuse de l’usage fait du clip vidéo dans le film. En 1989, P. Warren ne reprend pas cette thématique reaganienne comme grille de lecture et propose, plus prudemment, une étude de l’effet de l’incursion de la télévision exercé sur le personnage de Rocky par l’entremise du Reaction Shot. Plusieurs éléments expliquent le peu d’études à propos de cette esthétique du clip vidéo dans les films. P. Brophy (1998) d’abord explique que : “les chansons dans les films existent comme import et font référence à d’autres choses que le film. (...) Le problème est que les aspects narratifs de l’orchestration classique sont présumés venir du cinéma alors que les chansons pop se situent en dehors et en dessous des aspirations du cinéma (...) » (P. Brophy, 1998). Enfin et comme le rappelle K. Dickinson (2001), il semble qu’il est établit parmi les critiques que le score classique est plus naturel, signifiant que les chansons pop moins naturelles moins signifiantes également ».

Concernant l’utilisation de la télévision comme acteur à part entière des films, les études sont plus nombreuses mais inexistantes en ce qui concerne la série des Rocky. Le procédé est ancien si on se réfère au Citizen Kane d’O. Welles et aux vraies-fausses informations télévisées qui retracent l’évolution du personnage central. Les films de science fiction, rappelle J. Stokes (1999) comme d’horreur sont célèbres pour leur utilisation récurrente de l’objet-télévision (Poltergeist, Vidéodrome, Quatermass ou encore ET).