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JEAN-GABRIEL PERIOT
Films et installations
Par Marion KLOTZ

Mise au point sur le travail de cet artiste-cinéaste d’une trentaine d’années dont l’oeuvre - regroupant autant films qu’installations - remet en question les frontières entre expérience personnelle et histoire universelle.



Parler du travail de Jean-gabriel Périot c’est d’abord se heurter à cet éternel problème de catégorisation, de définition quand ce qu’on peut légitimement appeler ses films [1]nous laissent de manière irrévocable en des lieux étranges et fascinants, lieux où se meuvent sans cesse les frontières entre cinéma et photographie. Et c’est bien en ce trouble que réside l’intérêt premier que l’on porte au travail de ce jeune artiste, en tout cas suffisamment jeune pour avoir commencé à s’exprimer par la très en vogue autofiction [2] Mais retenons qu’en même temps, et de manière plus affirmée maintenant, ce sont les dessous de la grande Histoire qu’il décidait de soulever, lui qui sans hésiter, se perdre ni errer, se définit comme cinéaste à part entière.

Tâter le travail de Périot c’est tenir compte de la mise en garde que laisse entendre des titres comme Eût-elle était criminelle... ou Dies Irae [3] Voir un de ses films c’est consentir à répondre d’un choc, tirer parti de ce même choc afin, tout simplement, de comprendre. Par le statut inclassable de son travail, Périot œuvre pour nous faire entendre la petite histoire nous permettant alors de saisir à bras le corps la grande, celle des jours heureux comme des instants graves.

Réalisation récente (2006) Eût-elle était criminelle... ou - dirons-nous - la chronique décortiquée d’une journée de fête pendant la Libération nous promène dans des images d’archives filmées qui ont fêté il y a peu leur soixante troisième année. Sur l’image même se dressent les « v » de la Victoire parmi le défilé macabre de femmes rasées, « collabo », marquées par la croix gammée. Et voilà que l’on se prend en pleine face ce que si on ne nous l’avait montré nous n’aurions peut-être pas vu. Voilà que l’on est malgré nous confronté à ce qui aurait demandé que l’on s’y attarde pourtant, un peu comme on arrête le temps à la manière dont Périot parvient à le faire en papillonant incessamment dans les images, en revenant, repassant, en cherchant la brêche au cœur de courtes séquences qu’il remonte. Car Périot c’est un peu cela, arracher son cinéma à des images qui ne sont pas les siennes, interrompre le temps qui passe en extirpant ces mêmes images de nos mémoires sourdes et saturées. Figées, réactualisées, incessamment interrogées, fouillées avec méthode et obstination, elles racontent et nous plongent dans un a-temps où tout simplement le passé regarde le présent.