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SUMMER PALACE
de Lou Ye
Par Sophie HAUBOIS

SYNOPSIS : 1988. C’est la fin de l’été à Tumen. Il est facteur, elle est épicière, ils sont bacheliers et amoureux. Il lui apporte la lettre qui va changer leur vie. Sa vie à elle : Yu Hong est acceptée à l’Université de Pékin. Nerveusement, rapidement, ils font une dernière (première ?) fois l’amour dans un terrain vague. Puis c’est la rentrée. Yu Hong débarque à la cité universitaire de Beijing et découvre la vie étudiante. Elle rencontre Zhou Wei, un étudiant un peu plus âgé. Ils scellent leur relation par de longues promenades à la tombée du jour sur les rives du lac du Palais d’été.



UNE JEUNESSE COMME NULLE PART AILLEURS

Echappé du 59ème cru de la sélection officielle cannoise, Summer palace en était le représentant chinois. Un défi pour le réalisateur et son équipe, étant donné la nationalité du Président du Jury, Wong Kar-wai. Au mois de mai 2006, Palais d’été, une jeunesse chinoise (titre français) repartait sans récompense... seulement, au dire des jurés, parce qu’il n’y avait pas assez de prix à attribuer. Et on le croit aisément, tant ce film qui révèle en fond d’écran un pan de l’histoire Chinoise occulté - la révolution étudiante de juin 1989 sur la place Tien An Men, lointain écho à notre mai 1968 - laisse enivré de liberté illusoire à l’issue de ses 2h20.

Ni tragique, ni violente, c’est à une histoire d’amour néanmoins nerveuse et effrénée à laquelle nous convie le réalisateur chinois Lou Ye. Une histoire d’amour sans paroles dont les premiers mots qui viennent briser le silence paisible du bonheur sont : « je veux te quitter ». Avec le même calme impassible Zhou Wei demande à Yu Hong : « Pourquoi ? ». La réponse est éloquente : « Parce que je ne peux pas me passer de toi ». Refus de l’aliénation. Désir brûlant de liberté...

Si son héroïne, Yu Hong, est plutôt du genre rêveuse et romantique et nous susurre en voix off les confidences faites à son journal intime, les sentiments qu’elle éprouve n’en sont que plus vifs, plus forts, plus entiers. Pour coller à ces émois à fleurs de peau, à cette période trouble de l’histoire du communisme en Chine, à cette jeunesse chinoise, la caméra-épaule se fait fiévreuse, granuleuse, avec une profondeur de champ tellement réduite que le point n’est jamais tout à fait net. C’est flou et c’est sombre, autant que peuvent l’être les chaos intérieurs et les tourments extérieurs. Les personnages brûlent de feux ténébreux qui ont la flamboyance opaque de la noirceur. Pris au piège par la société, endurcis par des conditions de vie communautaire extrêmes (il faut voir pour cela la cité universitaire où les chambrées des étudiants ressemblent en tout point à des cellules pénitentiaires), ils s’adoucissent en s’oubliant dans les bras les uns des autres.