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Une dizaine d’années plus tard, ayant enseveli depuis longtemps ses états d’âmes de jeune fille, Yu Hong multiplie les expériences sexuelles, auxquelles elle finit par donner une réponse : « Je fais l’amour pour faire comprendre aux hommes que je suis douce ». Quel paradoxe pour ces ébats, qui loin d’être tendres, relèvent davantage d’un pragmatisme froid ! Jamais film chinois n’aura d’ailleurs montré autant de scènes de sexe. Jamais non plus, elles ne donneront l’impression d’une quelconque gratuité ou d’un voyeurisme affiché. Elles sont la fulgurance et l’urgence à se sauver. Elles sont l’humanité-même dans ce pays où la communauté aurait tendance à cloner et déshumaniser.

Même dans le flottement le plus total, la confusion la plus disparate, le réalisateur n’hésite pas : l’histoire individuelle prend toujours le pas sur l’Histoire, qui habille la toile de fond uniquement parce que ses protagonistes en sont les acteurs mêmes. Le sujet n’est pas la révolution de juin 1989 mais bien le récit d’un destin individuel pris au cœur de l’Histoire. Et ce parti pris tranché est un soulagement face à de trop nombreux films dont les réalisateurs ne parviennent pas à affirmer leur point de vue.

La première partie de Summer palace prend fin à son point culminant avec la révolution étudiante sur la célèbre place universitaire Tien An Men...aussitôt durement réprimée. Il aurait pu s’arrêter là. Mais Lou Ye, qui signe également le scénario (en partie autobiographique), n’a pu s’y résoudre. Abandonnant l’unique point de vue de Yu Hong au moment où elle disparaît dans la foule estudiantine révoltée, apeurée, assoiffée de liberté, il suit Zhou Wei et Li Ti de Pékin à Berlin. Et, donnant un nouvel élan au film, poursuit son récit de 1989 à 1997. Jusqu’au moment tant espéré et redouté... des retrouvailles... inattendues. Les souvenirs font certes, monter les larmes, mais ravivent la détermination de tenir bon, la promesse qu’on s’est faite de ne pas céder. Les blessures du passé ne cicatrisent jamais complètement...

Rythmée d’une bande originale éclectique, rock et mélancolique, cadrée tout en sensualité et lyrisme, poésie et fulgurance cette jeunesse-là est à la fois nôtre et autre et s’interroge comme ses sœurs, sur le sens de la vie et de l’amour, atteignant une profondeur insoupçonnable au départ.