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CINDY SHERMAN
"Miroir mon beau miroir..."
Marion KLOTZ

Sherman, héroïne ? Anonyme ? A regarder ou à raconter ? Qu’en est-il lorsque la photographie fait son cinéma...



« She’s good enough to be a real actress » dira Andy Warhol de Cindy Sherman qui fait à son époque littéralement exploser le monde de la photographie avec ses Untitled Film Stills réalisés entre 1977 et 1980 : Compilation de parfaites fictions n’ayant qu’une unique image pour se raconter. Aujourd’hui, la question que l’on est tenté de se poser lorsque l’on revient sur les trente années de carrière d’une des plus grande photographe contemporaine est la suivante : Source d’inspiration évidente, le cinéma est-il l’objectif même que visent les clichés-clins d’oeil qui lui sont faits ? Le plaisir de la référence, de l’exacte réplique, anime-t-il alors Cindy Sherman qui se laisserait aller au bonheur de dupliquer ? Copier, c’est bien le propre de la photographie reproductible à l’infini. On peut alors aussi se demander ce qu’il en est dès que la photographie tient à sa botte l’imaginaire cinématographique. Nous serait alors servie une double ration de faux, de factice arrosé d’une surenchère de fiction ? Pas tout à fait. Car s’il faut admettre que le travail de Sherman dépasse de loin l’autoportrait, l’autofiction et ce genre de petites préoccupations, c’est d’abord parce que dans la période cinématographique - comme celle d’inspiration plutôt publicitaire des dernières années - Sherman témoigne d’une volonté féroce d’interroger les modes de représentation. Oui, mais pas n’importe lesquels, ceux justement que l’imaginaire cinématographique, publicitaire et toujours collectif ne cesse de nourrir. Soit, mais alors un trouble nous gagne, car là où un spectateur européen verra peut-être l’héroïne d’une gentille comédie familiale US, d’un polar ou d’un énième erzatz d’Happy Days, un irréductible fan des mêmes séries et comédies, verra tout bêtement du fin fond de son Illinois natal, le portrait de la ménagère de moins de 50 ans. La photographie de Sherman, en empruntant aux visions que seule nous offre la fiction, aspire donc à la part de réalité, de « bel et bien vrai » qui lui revient. Sherman se met en scène, joue à merveille, mais pour quel cinéma ?

De quel « cinéma » s’agit-il vraiment dès lors que l’époque, le lieu d’où l’on se place en redéfini chaque fois les modalités, les types : Support fictionnel à notre époque, document vérité en leur temps les Untitled Film Stills de Sherman interrogent encore et toujours les limites du bon vieux principe selon lequel c’est « le regardeur qui fait l’œuvre ». Mieux, ils le poussent jusqu’au bout, l’épuisent. Prenons l’exemple du non-titré #7 : une femme en mouvement, une femme qui vit - verre à la main -, une autre qui dort - chapeau baissé sur le visage dont elle est alors privée - et l’ensemble qui pose l’ombre des images du Persona de Bergman. Mais en même temps et au même titre que d’autres untitled, cette image incarne toutes les déclinaisons possibles de X films de série B dont Sherman serait à chaque fois l’unique et parfaite actrice. Alors, Sherman duplique-t-elle pour brouiller les pistes ?