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JEAN-DANIEL POLLET
Réalisateur
Par Emilie PADELLEC


« Clic. Clac », dit souvent la voix-off de Jour après Jour. Un film de Jean-Daniel Pollet sorti le 21 février dernier, réalisé par Jean-Paul Fargier. Au générique, son nom est bien là, mais Jean-Daniel lui, n’est plus. Décédé le 9 septembre 2004.
Comment comprendre l’existence particulière de ce film à deux têtes ? Pourquoi Jean-Daniel Pollet cessa-t-il d’être filmeur bien avant sa propre fin ? Retour sur l’itinéraire d’un cinéaste photographe qui a consacré les 365 derniers jours de sa vie à faire encore et malgré tout du cinéma...



En 1989, quasi paralysé - « brisé », selon ses termes - suite à un accident ferroviaire, ce ‘petit-frère’ de la Nouvelle Vague à qui l’on doit L’amour c’est gai l’amour c’est triste (1968) ou L’Acrobate (1973), doit peu à peu troquer sa caméra contre un appareil photographique.

Il y a trois ans, avant de prendre (malgré lui) ses cliques et ses claques, il a tenu une dernière fois à nous livrer son ‘petit’ monde sur pellicule. Un tour de propriété (et de son propriétaire [1] ) soigneusement mis en boîte pendant un an, suivant un rituel observé à la lettre. Soit, « au jour le jour », prendre un cliché minimum. Avant d’exister, le film s’est alors nourri de milliers de photographies et d’autant de clics et de clacs ; ces infimes parenthèses sonores entourant les milliers de silences aspirés par Jean-Daniel Pollet dans l’instant même de chaque photographie, ceci jusqu’au bout, jusqu’au dernier « tic tac », dans l’attente du noir total. La mort. Jusqu’au bout donc : clic clac.
Selon lui, le « plus beau bruit du monde ».
Pour nous, après ce film, un sublime battement de cœur.

Dans sa note d’intention, Jean-Paul Fargier, réalisateur du film et surtout ami du cinéaste, confie à quel point l’expérience fut « terrible » et pleine de beauté à la fois :

« J’étais en train d’écrire le texte d’un film de mon ami Jean-Daniel Pollet, et voici qu’à la suite de son décès il m’échoit de réaliser ce film, toute tristesse bue. [...] Chose rare : le scénario contient toutes les images du film. Les images de ce film existent donc déjà, et en même temps elles n’existent pas. [...] Il reste à trouver, si l’idée est tenable, où et à quelle dose convoquer ces images en mouvement dans le concerto des images fixes. [...] C’est la première fois, et c’est heureux que ce soit au cinéma, avec toute la liberté du cinéma, que je suis amené à [...] créer sur un artiste de plein droit et à sa place, ce qui définit la mienne, une œuvre qui sera entièrement composée de lui et totalement fabriqué par moi. Comme un testament pour lui, comme une promesse tenue pour moi. Deux façons réunies de travailler avec. Il voulait faire ce film avec moi. Je ferai ce film avec lui. [2] »