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MULHOLLAND DRIVE
de David Lynch
Par Céline SATURNINO

UN FAUX RACCORD PARMI TANT D’AUTRES

Le faux raccord est une des figures emblématiques du cinéma moderne en ce qu’il dérègle la transparence classique et se fait mouvement aberrant, pour paraphraser Deleuze. Tout le système de représentation classique est battu en brèche, et à travers lui c’est la réalité même qui est visée, absurde et sans point de repère. Le faux raccord n’est qu’une des manifestations de cette crise, mais il ne cesse de hanter et d’informer les dispositifs moderne et postmoderne. C’est un exemple particulier de ce dernier que nous allons traiter à travers l’analyse d’une séquence de Mulholland Drive de David Lynch.

Réflexion sur le cinéma et ses propriétés fondamentales, son pouvoir et ses illusions, mais également exploration des névroses de la société contemporaine, le film repose sur une perversion subtile de tous les paradigmes classiques. La cohérence du récit (mise à mal par le motif de la boucle qui dissout le principe de clôture), la hiérarchie et le caractère télique des personnages (auxquels se substitue une pléthore de protagonistes aux identités confuses et indiscernables) sont deux des règles classiques que le film désagrège le plus ouvertement non sans une jubilation certaine. Le montage, qui est partie prenante dans le déroulement du récit, subit évidemment le même travail de sape. La séquence que nous entreprenons d’analyser se situe vers la fin du film. Diane est seule chez elle et elle semble particulièrement affectée. Visage fatiguée, cheveux en bataille, elle erre dans son appartement jusqu’à sa cuisine.

Figure 1. Plan rapproché fixe, ¾ gauche - Diane regarde par la fenêtre puis vers le hors-champ (bord gauche du cadre). Elle sourit : « Camilla, tu es revenue ».
















Figure 2. Contrechamp. Plan rapproché fixe - Camilla regarde Diane en hors-champ (bord droit du cadre).







Figure 3. Plan rapproché fixe. Diane regarde Camilla (toujours située dans le hors-champ) et devient plus grave.