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LE DIREKTOR
de Lars von Trier
Par Nicolas ONNO

SYNOPSIS : Ravn est embêté. Propriétaire d’une boîte d’informatique, il a décidé de la vendre pour beaucoup de millions d’euros. Un acheteur islandais, Finnur, est prêt à sceller l’accord mais il y a un problème. Quand Ravn a créé sa société, il s’est inventé un patron imaginaire, « The Boss of It all » (soit « le directeur de tout »), pour prendre les décisions impopulaires à sa place. Le hic, c’est que Finnur ne signera qu’en présence de celui-ci, fictif ou pas. Ravn n’a alors plus le choix : il doit faire appel à un acteur, Kristoffer, pour jouer ce rôle. Le contrat d’embauche est d’environ cinq minutes, le temps de rassurer Finnur et de finaliser la transaction : « Bonjour, je suis le directeur de tout ! »



A la tête de Zentropa depuis près de quinze ans, et une bonne centaine de films plus tard, Lars von Trier est à un tournant de sa vie. La cinquantaine épanouie, cheveux fous légèrement grisonnants assortis d’une barbe de quelques jours et de petites lunettes rondes, le cinéaste et producteur danois s’interroge sur la marche à suivre : « Je viens d’avoir cinquante ans vous savez. A cet âge, vous pensez aux choses que vous n’aimez pas faire à propos de votre vie et vous essayez de faire quelque chose pour y remédier. J’avais cette idée que je ne serais pas obligé de produire tout le temps simplement parce que la compagnie en a besoin, sauf en dernier recours. » Eh oui, voici donc Le Direktør, qui a tant surpris les festivaliers de Saint-Sébastien en juin 2006. Signe de cette petite pause salutaire et bénéfique qu’il s’est octroyé, von Trier n’a pas présenté, pour une fois, son nouvel opus à Cannes ou même à Venise ou Berlin.

Bref, le co-directeur de Zentropa retrouve avec vigueur un genre qui lui réussit plutôt bien - et qu’il n’a jamais vraiment quitté : la comédie. D’Epidemic (1987) à la mini-série The Kingdom (1994 et 1997) et en passant par Les Idiots (1998), les expériences lui ont toujours été prolifiques et ne nuisent absolument pas à sa politique de grands projets, bien au contraire. Une fois requinqué, il sera toujours temps de revenir à de plus grosses machineries par la suite : « En ce moment, j’ai de grandes idées mais ce ne sont encore que des idées. On verra ce qu’elles donneront. Terminer la trilogie en fait partie mais je ne pense pas le faire immédiatement. Dès à présent, je vais aller marcher dans les bois avec mon iPod et rêvasser. »


Une allégorie de Zentropa ?

Car, avec cette fable caustique et sarcastique sur le monde de l’entreprise, LVT est resté au Danemark, délaissant pour un temps sa trilogie américaine. L’ultime volet, Wasington, est toujours en préparation. Mais comme toujours chez le réalisateur danois, la parenthèse est moins anodine qu’il n’y paraît. Five Obstructions, réalisé en 2003, juste avant Dogville, était un documentaire passionnant sur la création artistique et la manipulation. Un von Trier délicatement sadique se jouait d’un compatriote, l’obligeant à retourner le même film - The Perfect Man (1967) -, mais agrémenté de contraintes « impossibles », augmentant la difficulté à chaque fois. Un jeu pervers. Depuis ses débuts, le metteur en scène a toujours multiplié les expérimentations artistiques les plus diverses, nourrissant son cinéma de ces recherches. Après Dogville (la morale ou la mauvaise foi), Manderlay (la bonne conscience et l’ingérence politique), il est pourtant toujours question de morale et de politique chez Lars von Trier. Et de cinéma. « Laissez-moi vous conter une histoire amusante », se réjouit-il.