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KOMMA
de Martine Doyen
Par Nicolas VILLODRE

SYNOPSIS : Peter De Wit, la cinquantaine, se réveille au beau milieu de la nuit et constate avec effroi qu’il est dans la chambre froide d’une morgue. Comment en est-il arrivé là ? Il ne s’en souvient pas, ne veut pas s’en souvenir... Sous l’identité d’un cadavre à qui il a piqué le portefeuille, Peter décide de prendre un nouveau départ, de s’inventer une nouvelle vie. Sa silhouette de businessman mature erre dans les quartiers de la ville, glissant avec plus ou moins de brio dans la peau d’un personnage qu’il improvise au gré des situations ; Lars Erickson, un énigmatique homme d’affaires suédois de passage à Bruxelles. Un soir, il tombe sur Lucie, une jeune artiste névrosée qui semble avoir perdu la mémoire.



Une fois qu’on sait que le titre, entre parenthèses : quasiment l’anagramme et même le palindrome d’Amok, c.à.d. du personnage possédé et fou furieux de Zweig, affiche le double sens de coma (éthylique, tout d’abord, le héros carburant au double-litron de Jack Daniels) et de virgule (donc pas de point final, plutôt de point de jonction ou de départ dans une nouvelle vie), on a pratiquement tout dit. Ce mince teasing ou bande-annonce d’un film non du tout advenu qui, traité par n’importe qui d’autre que la réalisatrice et sa comédienne, aurait forcément produit du sens, voire une œuvre - fantastique, onirique, poétique, métaphysique, que sais-je ? un road movie, une dérive de type situationniste, un drame, une épopée… Mais là… Fume, c’est du belge ! Non travaillé, mais à un tel point !, aucunement développé, c’est-à-dire sans qu’un programme minimum soit proposé en matière de diégèse, sans que des options narratives soient prises ou, au moins, tirées au sort, avec un script réduit à un feuillet ou deux et des dialogues pour film muet, on navigue à vue dans un opus qui ne se voulait pas spécialement expérimental au départ, puisque tourné en 35mm avec une grosse équipe, qui plus est, subventionné par notre chouchoute Ségo (sans aucune raison puisqu’on n’y trouve pas de séquence de Futuroscope, le film faisant plutôt la promo des vacances d’hiver à Neuschwanstein on the Beach, avec ses scènes d’échasses en Bavière ; les protagonistes passent leur temps, certes, à se beurrer mais pas avec de la barrette de vache, avec du bourbon usaïen ; enfin, ni Jean Marais Poitevin ni Charente Stone ne figurent au générique), mécéné par les assurances tous risques qui semblent jouer en l’occurrence à qui perd Gan, mais qui le devient (un peu) en cours de route, expérimental, malgré lui, faute de mieux. Avec pour seuls choix artistiques revendiqués un rejet de l’éclairage artificiel, un goût marqué pour le gros plan, voire le TGP et la caméra à l’épaule, façon Rouch (cf. Cocorico Monsieur Poulet,http://www.objectif-cinema.com/spip.php ?article4645 ), genre groupie du pianiste (cf. Irina Palm, http://www.objectif-cinema.com/spip.php ?article4630). La séance à laquelle nous avons assisté se présentait elle-même sous la forme d’une projection de type "expanded cinema", avec deux faux-départs, le film ayant cassé à deux reprises, ce qui ne se produit plus, en principe, de nos jours mais qui a rallongé d’une dizaine de minutes une séance déjà longuette (le métrage dure objectivement 20’ de trop : 1h50 au lieu des 90’ réglementaires). En outre, l’image déjà brumeuse du film était, dans cette salle, quasiment invisible du fait de la présence de quatre puissantes loupiotes vertes indiquant les issues de secours, au cas où certains se barberaient vraiment trop. Il serait temps d’utiliser des panneaux "Exit" éclairés par leds ou de changer la loi sécuritaire qui date de l’incendie du Big Bazar de la Charité, et qui empêche de percevoir dans de bonnes conditions films et pièces de théâtre.