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DVD

DERRIDA

de Kirby Dick & Amy Ziering Kofman
par Marc BRUIMAUD

SYNOPSIS : Saisir Jacques Derrida, l’homme et sa pensée, enregistrer des archives pour l’avenir (constructible) et non pas le futur (prévisible), voilà un dur labeur, d’autant que le philosophe, suspicieux, introverti face à la caméra, ne livre pas ses vérités, encore moins son intime, sans négocier chaque plan, ergoter, s’enquérir du sens des actes en cours, obligeant les concepteurs du dispositif à perpétuellement s’adapter aux contraintes de la contingence filmée.



POINT DE VUE

Dire que l’œuvre de Kirby Dick dessine depuis vingt ans (et avec quelle opiniâtreté !) un vaste questionnement sur les enjeux moraux de la pratique documentaire est un doux euphémisme. Après l’expérience extrême de Sick qui propulsait le performer SM Bob Flanagan au rang de super-héros humaniste, et celle, éminemment fragile, des témoignages adolescents de Chain Camera (2001), il s’attaque ici à un bloc de résistance active, combattant des mots, scrutateur du ici et maintenant, ce « cerveau », cette « énigme » (dixit son frère lors d’une émouvante confession) dont l’acuité permanente, le désir compulsif d’une compréhension absolue, mettent en péril toute tentative de captation préméditée, au point que le projet, rapidement recadré, se mue en une sorte d’insondable portrait en mouvement où les facultés d’adaptation des deux cinéastes sont soumises à rude épreuve ; il s’agit désormais de s’attacher à suivre le cheminement d’une inquiétude, d’en apprivoiser les silences et les non-dits, de progresser et de creuser, comme si la bande qui défile n’était plus qu’une fébrile mise en abyme de l’acte vidéographique – au final seul vrai sujet, les Uns et l’Autre face à Nous-Mêmes ou comment ne pas créer ensemble impunément. Quand on y réfléchit, le slogan de l’affiche – « Et si quelqu’un changeait non pas CE QUE VOUS PENSEZ de tout, mais TOUT de votre FAÇON DE PENSER ? » – s’avère plutôt juste : le spectateur, sans cesse interpellé sur la moindre parcelle de ses perceptions, gagne en perspicacité au fil des enchaînements scandés (en voix off) par de remarquables extraits de la prose derridienne emplie d’un lyrisme lucide peu commun… Rare exemple réussi de document audio-visuel se structurant in vivo hors de tout formatage.