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Les films

Ce soutien des cinéastes pour d’autres se traduit, par exemple, par une participation à la production. C’est ainsi que Guillermo Del Toro soutient le réalisateur d’El Orfonato, de même de Carlos Reygadas vis-à-vis de l’un de ses assistants réalisateurs, Pedro Aguilera, pour son film El Influencia. C’est d’ailleurs la raison pour laquelle ce film est présenté sous le pavillon mexicain flottant fièrement au vent, alors que le film a été tourné en Espagne avec des acteurs et une équipe espagnols. Encore un exemple de l’efficacité des relations humaines alors que les instituts publics d’aide à la production font défaut. Carlos Reygadas n’en est pas à cette première initiative, puisqu’il avait de la même manière appuyé la première réalisation d’un autre de ses assistants réalisateurs : Amat Escalante avec Sangre.

Ces productions mexicaines, même si l’on y sent les traits d’influences vis-à-vis de leur tuteur respectif, sont des œuvres à part entières, défendant un propos qui appartient, lui, bien à leur réalisateur. Autrement dit, l’influence apparaît dans la forme sans pour autant envahir un propos qui reste sous l’entière responsabilité de son cinéaste.

Des autres films mexicains, on peut en noter la présence dans les différentes catégories du Festival de Cannes : des sections parallèles jusqu’au marché du film, le public ne pouvait que difficilement manquer l’actualité mexicaine. Tout d’abord avec au premier plan la Sélection Officielle : elle fut d’autant plus sous les feux des projecteurs cannois que les deux films de cette catégorie se sont retrouvés dans le palmarès.

Stellet Licht de Carlos Reygadas poursuit le langage esthétique brillamment initié dans ses œuvres précédentes, et après un hommage à Tarkovski, on voit ici poindre Dreyer. Le cinéaste parvient à une œuvre beaucoup plus sereine et apaisée, après les scènes profondément sanguines de Batalla en el cielo, au sens du sang qui coule dans les veines et permet la vie à un organisme vivant. Provocateur intelligent, révélant les tabous d’une culture, son œuvre s’engage dans l’efficience d’une thérapie, au sens où l’entendaient les surréalistes. Le film présenté à Cannes participe plus d’une démarche de logique d’enchaînements de la vie humaine (avec ses apaisements et ses tourments) qu’une démonstration d’un panel purement esthétique. Le film a touché mais le Jury n’a pas eu l’audace d’en témoigner et s’est contenté de saluer Reygadas par un Prix du jury partagé.

Dans la catégorie des courts métrages en Sélection, trois ou quatre films se démarquaient des autres par leur honnêteté et leur souci de faire une œuvre aboutie. Ver llover en faisait partie et sa Palme d’Or ne fut alors pas une totale surprise. La réalisatrice, Elisa Miller, devient ainsi la première femme mexicaine à recevoir un Prix à Cannes. Ce qui en passant n’est pas insignifiant, compte tenu du propos engagé de son film. Son travail repose beaucoup sur l’interprétation de ses deux jeunes protagonistes, Sofía Espinosa (La Niña en la piedra et El Brassier de Emma de Marisa Sistach) et Diego Cataño (Temporada de patos). La fraîcheur de leur jeu n’est pas sans rappeler celui des personnages de la Nouvelle Vague où chacun se définit par une fausse nonchalance face à une histoire dont il faut prendre la responsabilité en cours de route. On retrouve une jeunesse qui se révolte calmement, face à une situation ordinaire engluante. Ici, face aux idées reçues, la figure de l’indépendance est féminine.