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LES ENFANCES DE POCHES
Par Christian PAIGNEAU

SYNOPSIS : Au milieu de plusieurs articles retraçant les différents liens entre enfance et cinéma, il serait incomplet de ne pas consacrer un article en particulier à l’enfance des courts ou moyens métrages et d’en donner un aperçu suffisamment éclairant pour s’en faire une idée.



8.1 LES 400 COURTS

Il faut d’abord rappeler que chaque année en France, une moyenne de 400 courts métrages sont produits soit une affiche permanente mais discrète de deux à trois fois plus que la production de longs métrages. C’est une production foisonnante avec à la clef une visibilité pas toujours évidente en raison d’une diffusion aléatoire pour le public entre petits et grands festivals nationaux qui y sont consacrés et quelques passages tardifs à la télévision. Ceci étant dit les courts métrages sont de moins en moins confidentiels puisqu’ils connaissent un engouement réel. On trouve de plus en plus de compilations DVD qui y sont consacrés en les regroupant par thèmes ou bien par festival.

Première chose et pas des moindres à relever : si les long métrages épousent comme on l’a vu des schémas narratifs précis, souvent similaires, ce systématisme est beaucoup moins présent du côté des films courts qui s’affranchissent assez nettement des codes qu’ont pris leurs aînés. A les parcourir, on découvre même une étonnante vivacité d’idées, d’inventions, des libertés de tons pleines et assumées, surtout une plus grande souplesse de structure. Pour résumer, davantage de liberté. Les courts métrages sur l’enfance paraissent bien plus audacieux, plus ouverts, que les longs métrages.

On trouvera quelques récurrences, le recours assez fréquent au fantastique ou au conte, le décor très prisé de la province (les aides en région n’y sont pas pour rien) ou quelques problématiques enfantines qui reviennent comme ce schéma très fréquent de films basés exclusivement sur un duo de protagonistes, souvent un très jeune avec un très vieux et les étincelles que leur rencontre va pouvoir provoquer. Cependant chacun adopte un style et une structure propre. Le court métrage se fait ainsi un relais peut-être plus naturel, un brin plus légitime de l’enfance que le long-métrage. A chaque fois l’exploration d’un nouveau monde qui, plus que jamais, offre la capacité d’univers renouvelés sans cesse. Des univers plus paritaires aussi puisque plus féminin. C’est autant parce qu’on y trouve de nombreuses réalisatrices à l’oeuvre que parce que le couple mère et enfant s’y montre très présent. Un peu à la façon de The Kid pour le long métrage, il faut rappeler aussi un précédent important pour le court métrage, un illustre ancêtre en somme, le film qui donne le LA : Zéro de conduite de Jean Vigo, moyen métrage de 40 minutes de 1932, interdit plus de 13 ans parce que considéré comme antifrançais. Chronique d’une rébellion joyeuse au sein d’un pensionnat, c’est un film unique qui utilise une liberté totale de ton, mettant en avant une certaine insolence, du culot et des inventions visuelles permanentes. Un film magique qui pèse durablement dans l’inconscient collectif et qui influence certainement encore beaucoup de courts métrages.