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L’AVOCAT
DE LA TERREUR

de Barbet Schroeder
Par Nicolas VILLODRE

SYNOPSIS : Communiste, anticolonialiste et, pour finir fasciste ? Quelle conviction guide Jacques Vergès ? Barbet Schroeder mène l’enquête pour élucider ce "mystère". Au départ de la carrière de l’avocat énigmatique : la guerre d’Algérie et Djamila Bouhired, la pasionaria qui porte la volonté de libération de son peuple. Le jeune homme de loi épouse la cause puis la femme. Et disparaît huit ans sans donner d’adresse. A son retour, il défend les terroristes de tous horizons (Magdalena Kopp, Anis Naccache, Carlos) et des monstres historiques tels que Klaus Barbie. D’affaires sulfureuses en déflagrations terroristes, Barbet Schroeder suit les méandres empruntés par "l’avocat de la terreur", aux confins du politique et du judiciaire. Le cinéaste explore, questionne l’histoire du "terrorisme aveugle" et met à jour des connexions qui donnent le vertige.



Cette fois-ci, ce ne sont pas trente minutes mais quarante-cinq, de trop, de beaucoup trop, qui empêchent de goûter pleinement la saveur aigre-douce du portrait qu’esquisse Barbet Schroeder de Jacques Vergès - pas question de dire « Maître » Vergès, comme le veut la coutume, ce qui reviendrait à se prosterner devant un travesti portant une robe noire de curé hors période de carnaval. Trop de temps consacré à des troisièmes larrons, à des seconds couteaux. Trop de jeunes binoclards soi-disant spécialistes ès-RAF (Fraction Armée rouge) : vous savez ? cette bande à ce Baader n’ayant rien à voir avec celui du Dada berlinois. Trop de juges Marsaud autosatisfaits. Trop de fonctionnaires moisis de la Stasi tout heureux de grappiller quelques centaines d’euros en échange de rapports de surveillance du groupe de Carlos (personnage qui, d’après un document vidéo très rare, s’avère nettement meilleur danseur de salsa que l’auteur de Señor Météo  !). Trop de minutage laissé à des interventions mineures ou à des questions sans aucune importance (justifiant, mazette ! le déplacement de toute l’équipe du film au Cambodge : heureusement que les entretiens rapportés amortissent quelque peu les frais d’un tel déplacement), comme celle de la pseudo-disparition de l’avocat entre 1970 et 1978. De cet évanouissement dans la nature, tout le monde se fiche, ou devrait. On croit savoir (ceci est une exclusivité mondiale, cher lecteur) que le mélancolique Vergès a quitté son foyer familial et, probablement pour éviter d’éventuelles représailles ou des ennuis que cet acte insultant, inqualifiable, inconsidéré, contre-révolutionnaire, aurait pu entraîner, sans doute conseillé (couvert) par quelque service spécialisé français (cf. le sourire de l’agent de la DGSE interviewé), a passé ses « grandes vacances » en France, pas loin de Cheverny, à méditer et à pondre (à écrire), mi-retraité, mi-retiré dans un (anti) asile de fortune (une bonne cure de sommeil, un minimum de repos, bon sang !, "un peu de douceur dans ce monde de brutes", comme avait coutume de dire Rodolphe Lindt, cela n’a jamais fait de mal à personne !). Après tout, ce travail d’introspection ne concerne que lui.