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CAROLE ARCEGA
Un cinéma photocorporel
Entretien réalisé
le 21 mai 2007
Par Raphaël BASSAN

Artiste plasticienne et cinéaste, Carole Arcega est, assurément, une figure cardinale de la scène expérimentale française. Son parcours débute, il y a une dizaine d’années, dans les choix mêmes des disciplines qu’elle décide d’étudier puis de quitter (en exploratrice, en expérimentatrice : son œuvre future est déjà en projet dans ses premiers pas scolastiques), si des éléments de leur cursus ne lui conviennent pas. Elle passe de la médiation culturelle aux arts plastiques, de la photo au cinéma et à la performance en mettant au point et en approfondissant une démarche bien particulière, ancrée au sein de diverses pratiques dont elle extrait ce qui lui convient : le cinéma organique. Elle remarque à un niveau existentiel, concret et professionnel, des passerelles existant entre les corps physiques et les corps photosensibles, entre la chair et la pellicule. Elle explore dans ce qu’on peut appeler la tétralogie photocorporelle et photosensible (Asa, Le Cristallin, Hymen et Macula) toutes les déclinaisons, tissages, refondations qui s’établissent entre le corps et la pellicule, cette dernière ayant en elle-même sa propre corporéité (comme l’illustre Le Cristallin, le seul des opus à ne pas contenir du “vivant” au sens biologique du terme).

Carole Arcega pratique l’hybridation entre l’organique, la pellicule et la machine (dans ses films et ses performances) tout en demeurant fidèle à l’argentique. Une forte sensibilité à la chorégraphie (deux de ses films font appel à des danseuses ainsi que sa dernière performance d’avril 2007 : Danse chronophotographique : trajectoire n° 1) et la pratique d’arts martiaux favorisent, chez l’artiste, le tourbillonnement et la mue des matières, des apparences et des œuvres.

D’abord isolée dans le cadre du nouveau cinéma expérimental français – avant d’en devenir une des protagonistes majeures par sa présence sur tous les fronts –, dont les acteurs utilisent beaucoup le found footage, ensuite au sein de son laboratoire, L’Etna, dont elle assure la présidence entre 2000 et 2003, Carole Arcega se rapproche un peu des spéléologues de la matière, Olivier Fouchard, Mahine Rouhi ou Martine Rousset, mais dont elle interprète toutefois les travaux comme une contemplation de la matière qu’elle-même essaie de dépasser. Elle se sent plus d’affinités avec Emmanuel Lefrant, cinéaste qui travaille sur l’abstraction entendue comme paysage, un paysage acteur ou producteur d’émotions (1). Son approche du “cinéma du corps” est différente, aussi, de celle pratiquée par les cinéastes de l’École du corps ou du cinéma corporel qui utilisent le corps comme matière première expressive mais ne l’hybrident pas – ou rarement, et jamais avec la constance et la détermination de l’auteur d’Hymen – avec le corps pelliculaire.